Les amours d’Amar Chattar et Sundari Virda

Le 02 juin 2021, par Caroline Legrand

Provenant de la collection Pierre Maurs, cet album de trente peintures indiennes mettra en lumière l’élégance conservée du style moghol provincial.

Inde, style dit « moghol provincial », premier quart du XVIIe siècle. Album de trente peintures, pigments polychromes et or sur papier, 24 17 cm.
Estimation : 30 000/50 000 

Pierre Maurs (1908-2000) était un grand amateur de peinture moderne, comme le démontre la dispersion de sa collection (voir page 16). Mais sa curiosité naturelle le portait également vers les arts asiatiques et océaniens. En témoigne cet exceptionnel album réalisé au premier quart du XVIIe siècle et relatant les amours d’Amar Chattar et de Sundari Virda. Remontées dans une reliure européenne en maroquin brun, ces feuilles avaient appartenu à une collection anglaise au XIXe siècle, avant d’être acquises par Pierre Maurs. Datables de la fin du XVIe ou du début du XVIIe siècle, elles relèvent du style dit « moghol provincial ». Ce dernier s'inscrit dans un contexte politique et culturel précis, celui du déclin de la puissance de l’empereur moghol et de l’émergence de souverains rivaux dans différentes provinces. Si ces représentations puisent dans des cultures plus locales, elles n'en n’oublient pas pour autant le goût typiquement moghol pour le naturalisme, visible dans le traitement des arbres, des tapis et des fleurs, ainsi que dans la poésie qui en émane. Bien que le texte en rajasthani soit lacunaire, on comprend que le héros de cet album, Amar Chattar, est un souverain important, coiffé d’un beau turban et paré de nombreux bijoux, mais aussi d’armes. Celui-ci est épris d’une belle jeune femme, une courtisane du nom de Sundari Virda. Le dénommé Amar Chattar pourrait être en réalité le Maharana Amar Singh Ier, souverain du Mewar de 1597 à 1620. Cette personnalité majeure de l’époque fut un grand adversaire de la cour moghole, à laquelle il tint tête longtemps, avant de capituler en 1615. Importante, sa cour a attiré de nombreux artistes de talent en quête de commanditaires fortunés. Parmi eux figuraient sans doute certains auteurs du célèbre Razmnama de Birla, album réalisé en 1605 et dont les peintures sont proches de ces trente miniatures.
 

Agenda
Galeriste, marchand puis courtier, Pierre Maurs (1908-2000) était un homme de cœur et de goût. Grâce à son œil d'exception, il a réuni tout au long de sa vie un ensemble unique (voir Gazette n° 22, page 16). Les derniers tableaux de cette collection personnelle seront ici dispersés. À leur tête, on remarquera des œuvres fauves de grande qualité telles que le Port d'Anvers d'Othon Friesz, daté de 1906 (80 000/120 000 €), et des Péniches sur la Seine peintes en 1908 par Maurice de Vlaminck (80 000/100 000 €). L'impressionnisme sera illustré par une toile d'Armand Guillaumin, Damiette, les gerbes de blé (20 000/30 000 €), Amedeo Modigliani livrera à l'aquarelle un Modèle assis (15 000/20 000 €), et une Nature morte aux raisins d'Youla Chapoval laissera admirer ses formes cubisantes (4 000/6 000 €). Pierre Maurs appréciait également les arts africains, asiatiques et océaniens, comme en témoignera un superbe album de trente miniatures indiennes du début du XVIIe siècle, à envisager à 30 000/50 000 € (voir Gazette n° 22, page 129). 
samedi 12 juin 2021 - 14:00 - Live
Hôtel des Ventes Giraudeau - 246-248, rue Giraudeau - Hôtel des Ventes Giraudeau 246-248, rue Giraudeau - 37000
Hôtel des ventes Giraudeau
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