Paris à l’heure amérindienne

Le 18 février 2021, par Claire Papon

Exécutée d’après un dessin de Deverberie, cette pendule intitulée L’Amérique s’inscrit dans la vogue de l’exotisme qui règne en France à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. 

Pendule L’Amérique en bronze ciselé, patiné et doré à décor de palmier et d’Amérindienne chasseresse aux yeux en verre, assise, mouvement mécanique à remontage à clé, suspension à fil, début XIXe siècle, 47 37 15 cm.
Estimation : 8 000/15 000 €

Impassible notre jeune femme ? Plus probablement aux aguets, après que de sa lance elle eut transpercé un alligator. Ce garde-temps reprend un modèle original créé par le bronzier-fondeur-ciseleur Jean-Simon Deverberie (1764-1824) – comme l’indique le cadran –, dont le dessin, daté du 22 janvier 1799, est conservé au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France. Ce thème du «bon sauvage» se décline en une trentaine de modèles et presque autant de variantes : jeunes matelots ou portefaix noirs poussant un ballot de coton ou une brouette, fringantes chasseresses à la peau foncée accompagnées d’une lionne et d’une tortue symbolisant l’Afrique, ou d’un alligator et d’un palmier évoquant l’Amérique, assises sur le mouvement ou sur un palanquin porté par des enfants. Une pendule «au nègre fumeur», vêtu d’un élégant costume, représenterait Toussaint Louverture, esclave révolté et initiateur de l’indépendance d’Haïti. Nourrie de récits de voyages, l’Europe pleure les amours contrariées de Paul et Virginie narrées par Bernardin de Saint-Pierre, celles d’Atala avec le bel Indien Chactas par Chateaubriand, se passionne pour les aventures de Robinson Crusoé de Daniel Defoe. Autant d’images de l’humanité «à l’état de nature», non encore pervertie par le conquérant blanc, et du paradis perdu… À défaut de traverser les mers, on s’évade dans son salon, avec des papiers peints panoramiques racontant les périples du capitaine Cook, ou des objets de luxe destinés à une clientèle fortunée. Les artisans tirent un parti esthétique du contraste des patines, sombres pour la peau des personnages, dorées pour les accessoires. Si l’originalité du sujet, l’état de conservation et la finesse des ciselures font la différence, le succès ne se dément pas depuis la fin des années 1980, un modèle «à l’Indien et l’Indienne enlacés», signé Deverberie, étant disputé jusqu’à 1 055 000 F (249 912 € en valeur réactualisée) en 1990 (Ader - Picard - Tajan).

Agenda
Les numismates devront être attentifs, une seule pièce de monnaie figure dans cette vente : un ducat d'or de 10 sequins de Silvestro Vallier (1694-1700), au type du ducat d'argent, vénitien, pour lequel 8 000/12 000 € sont espérés. Les bibliophiles tenteront leur chance sur les Œuvres de Pierre de Ronsard (Lyon, 1592) en cinq volumes in-12, habillés de maroquin rouge (3 800/4 000 €), les botanistes sur un exemplaire des Roses peintes de Pierre-Joseph Redouté (Paris, 1824) comprenant 160 planches en couleurs (3 000/4 000 €). La plus belle bataille d'enchères – 220 000/280 000 € – est prévue sur une toile inédite d'Édouard Manet, un portrait du petit Chien Minnay (voir Gazette n° 5, page 17). 400 à 1 500 €, telle est la fourchette de prix à prévoir pour s'offrir l'un des nombreux vases des établissement Gallé et Daum, 2 500/3 000 € pour une paire de vases de forme cornet, en cuivre patiné incrusté à décor floral des établissements Inoue de Kyoto (période Meiji), mais aussi pour un chameau en terre cuite beige et glaçure sancai trois couleurs de la période Tang. On termine avec une pendule dorée et patinée L'Amérique début XIXe (8 000/15 000 €), un tapis d'Aubusson d'époque Empire d'après un modèle de la manufacture Piat Lefebvre à Tournai, à décor de rinceaux et lyres (6 500/7 000 €).
vendredi 26 février 2021 - 02:00 - Live
Salle 1 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
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