La solitude d’un paysage de Buffet

Le 15 avril 2021, par Caroline Legrand

L’incontournable Bernard Buffet est de retour avec une composition urbanistique de 1970. Une œuvre qui marque le début d’une période où la figure humaine se voit abandonnée.

Bernard Buffet (1928-1999), Le Tunnel, huile sur panneau d’Isorel, 1970, signée et datée, portant le numéro « 19Z » au verso et le cachet de la galerie Maurice Garnier, 54 73 cm.
Estimation : 30 000/50 000 

À la fin des années 1960 et au début de la décennie suivante, Bernard Buffet vit entre la Bretagne et Paris. Le peintre atteint à cette époque une certaine sérénité, qu’il aime exprimer dans des paysages de tous genres, peignant aussi bien les bords de mer que les monuments parisiens ou de simples vues de villes de banlieue. C’est le cas de cette toile décrivant un lieu des plus banals, mais qui marque le quotidien de nombre de personnes. Le tunnel, par lequel passe le train du matin qui emmène hommes et femmes au travail, est ici traité comme n’importe quel autre paysage digne d’intérêt. Le peintre revisite le genre ancestral et traditionnel en lui apportant sa propre vision de l’art et de la vie. Ses traits noirs acérés dessinent la perspective, tandis que quelques couleurs émergent afin de rehausser la sobriété du lieu. En 1953, Louis Aragon publie un article, dans les Lettres françaises, qui a pour titre « Le paysage a quatre siècles et Bernard Buffet vingt-quatre ans ». Une manière d’exprimer la révolution qu’a apportée ce peintre de génie au genre. Marqué par la guerre et la mort brutale de sa mère en 1945, Bernard Buffet décide cette même année de vivre de son pinceau, âgé de 17 ans seulement, travaillant dans la chambre de bonne de l’appartement familial de la rue des Batignolles, à Paris. Débute une riche carrière qui le consacrera comme l’un des plus grands artistes figuratifs de l’après-guerre. Ce petit Mozart de la peinture a appris le dessin auprès de Darbefeuille, place des Vosges, puis aux Beaux-Arts dans l’atelier d’Eugène Narbonne. S’il s’inscrit dans la grande tradition, bravant ainsi la doxa de l’époque, il renouvèle le genre par cette manière si particulière, exprimant avec une certaine froideur la dureté de l’existence. Ses paysages à l’apparence paisible mais vides de toute présence humaine n’inspirent-ils pas tristesse et solitude ?

Agenda
Une pendule agrémentée d'une allégorie de l'Afrique fait la couverture du catalogue. Il faudra envisager 8 000/12 000 € pour cette pièce née du courant romantique et d'une curiosité doublée d'un intérêt pour les terres lointaines. L'objet est l'œuvre de l'horloger Thonissen, installé rue Mandar à Paris entre 1806 et 1820, et du sculpteur Jean-Simon Deverberie. À ses côtés au sommaire se trouveront un paysage de Bernard Buffet, Le Tunnel (30 000/50 000 €), un Enfant Jésus sculpté dans l'ivoire, issu d'un travail sino-portugais de la seconde moitié du XVIIe siècle (1 500/2 000 €), ou encore une commode Louis XV à façade galbée et décor marqueté de compositions florales, dans des réserves cordées, proche du travail de l'ébéniste Pierre Roussel (3 000/4 000 €). 
samedi 24 avril 2021 - 02:00
Pau - 3, allée Catherine-de-Bourbon - 64000
Carrère & Laborie
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