Une précision botanique

Le 20 février 2020, par Claire Papon

Elle domine incontestablement cette dispersion de bijoux. Elle, c’est une broche orchidée en or et émail de Tiffany & Co, fin XIXe-début XXe, plus vraie que nature.

Tiffany & Co. Broche orchidée en or jaune, les pétales recouverts d’émail, le pistil serti de diamants taillés en rose, la tige de grenats démantoïdes et de rubis ronds, fin XIXe-
début XX
e siècle, 10 cm.
Estimation : 80 000/100 000 

Combien seront-ils à tenter leur chance à cette altitude d’estimation ? Si l’on en croit les rares résultats connus, ce ne sont pas les quelques manques et restaurations qui freineront les enchérisseurs, la date de création faisant plutôt la valeur de ce bijou. Le 30 juin 2005 (Beaussant Lefèvre OVV), une broche orchidée, fin XIXe, en or, émail et diamants, très modestement estimée 2 000 €, était disputée jusqu’à 193 467 €. Nous voilà prévenus. La nôtre est à rapprocher de la collection de vingt-quatre (ou vingt-cinq) orchidées émaillées présentées par la maison américaine Tiffany & Co à l’Exposition universelle de Paris, du 6 mai au 31 octobre 1889, et créées par Paulding Farnham (1859-1927). Le public se pâme devant les vitrines du bijoutier new-yorkais, qui reçoit une médaille d’or, la première de ce genre jamais obtenue par une entreprise américaine. Le succès de ces broches est tel que, l’année suivante, quarante autres sont proposées dans le magasin de la 5e avenue. Des clients comme Jay Gould et Mary Jane Morgan raffolent de ce bijou inspiré du japonisme, témoin de l’art nouveau naissant, et dont le réalisme les distingue des créations de la décennie précédente marquée par l’historicisme. Sans oublier la passion croissante à l’époque pour la culture d’orchidées exotiques. Emblèmes d’une sensualité délicate, les fleurs sont une source d’inspiration de longue date pour les joailliers. Notre orchidée, chef-d’œuvre de nouveauté et de savoir-faire, s’inspire de la Grammatophyllum speciosum ou orchidée tigre. Originaire d’Asie du Sud-Est, elle est l’une des variétés les plus grandes de taille, sa floraison pouvant atteindre 3 mètres de haut. C’est aussi l’un des modèles mythiques de la maison créée en 1837 par Charles Lewis Tiffany, qui, quarante ans plus tard, rachètera aux enchères, à Paris, 77 486 pierres et perles ayant appartenu à la couronne de France. L’homme ne manque pas de flair…

jeudi 27 février 2020 - 14:00 - Live
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Pestel-Debord
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