Quand Camille Claudel sculptait avec son âme

Le 14 octobre 2020, par Caroline Legrand

Cette œuvre tout en émotion, réalisée au moment de la séparation d’avec son mentor Auguste Rodin, était destinée par sa créatrice à son important groupe de L’Âge mûr.

Camille Claudel (1864-1943), L’Implorante, bronze à patine brun nuancé de vert signé, cachet d’Eugène Blot et n° 48 (sur 59), 28,5 25 16,5 cm.
Estimation : 120 000/150 000 

Édité par Eugène Blot en 1905 et 1937, ce bronze intitulé L’Implorante est issu d’un modèle créé dans les années 1890. Agenouillée, la femme nue tend ses bras en une intense prière ; son visage exprime la douleur, de même que tout son corps tendu, en particulier son dos où l’on perçoit chaque vertèbre, chaque os des clavicules saillant. On dit souvent que Camille Claudel était une artiste à fleur de peau, travaillant à partir de ses propres sentiments qu’elle savait retranscrire à merveille de ses mains. Ce bronze en est un des plus beaux exemples : une œuvre d’une grande expressivité, typique du début de carrière de l’artiste encore sous l’influence de son mentor et amant, Auguste Rodin. En 1932, son éditeur Eugène Blot dit au sujet de ce modèle : « Un jour que Rodin me rendait visite, je l’ai soudain vu s’immobiliser devant ce portrait, le contempler, caresser doucement le métal et pleurer… » Le maître ne pouvait oublier le contexte de sa création. L’Implorante appartenait alors au groupe nommé L’Âge mûr, fortement autobiographique, qui représente la Vieillesse tentant d’arracher un homme mûr à la Jeunesse. Une métaphore sur la destinée, la vie et la mort, mais aussi aisément interprétée comme celle de son histoire d’amour orageuse, Rodin choisissant finalement son épouse Rose Beuret. Camille Claudel commence ce travail en 1894, pour l’achever en 1898, une fois la rupture du couple consommée. Ce serait d’ailleurs Rodin lui-même, voulant aider sa muse malgré leurs soucis, qui serait intervenu auprès du directeur des Beaux-Arts pour lui obtenir une commande de l’État. Exposé au Salon de 1899, mais refusé à l’Exposition universelle l’année suivante, le plâtre ne fut jamais livré, ni le bronze fondu. C’est un client particulier qui obtient la première fonte, le capitaine Teissier ; elle est livrée en 1902. Quant à Eugène Blot, totalement séduit par la figure féminine agenouillée, il en acquiert les droits, pour l’éditer à partir de 1905 à dix exemplaires numérotés dans sa taille initiale, 69 cm. Il prévoit aussi une réduction à 29 cm, devant être initialement tirée à cent épreuves, mais qui se limitera finalement à cinquante-neuf bronzes.

Agenda
Deux œuvres magistrales marqueront les temps forts de cette vente. L'une est le fruit du talent du plus célèbre portraitiste de la cour de Louis XIV, Hyacinthe Rigaud. Le maître y dépeint un Portrait présumé de Madame de la Jonchère, d'une qualité rare dans le traitement très expressif des mains et dans la perfection de celui des étoffes, notamment de son voile transparent. 100 000/150 000 € seront à envisager pour son acquisition (voir Gazette n° 35, page 22). Éditée en bronze par Eugène Blot entre 1905 et 1937, la seconde est une version en taille réduite de L'Implorante de Camille Claudel (voir Gazette n° 36, page 139). La jeune fille ne manque pas d'arguments et pourrait être entendue jusqu'à 120 000/150 000 €. 
dimanche 25 octobre 2020 - 14:00
Bordeaux - 24, rue Ferrère - 33000
Hôtel des Ventes Bordeaux Quinconces
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