Livres d’heures, raretés du XVe siècle

Le 26 mai 2021, par Claire Papon

Plusieurs manuscrits enluminés en France se disputeront les attentions des connaisseurs. Parmi eux, un ouvrage du Maître de Coëtivy.

Livre d’heures à l’usage de Paris en latin et en français, manuscrit enluminé sur parchemin par le Maître de Coëtivy, 167 feuillets, Paris, vers 1460, 13 19 cm.
Estimation : 130 000/150 000 €, 
Adjugé : 269 760 €

Ouvrages indispensables aux laïcs pour leurs dévotions privées, les livres d’heures associent textes liturgiques et enluminures. Cette vacation en propose dix-huit, à l’usage de Paris, de Rouen et de Rome, dont le plus précieux est un psautier dit «d’Urfé» (voir l'article Le psautier d’Urfé, un manuscrit enluminé de bibliophile de la Gazette n° 20, page 8). Deux autres enchères à six chiffres pourraient être prononcées : l’une autour de 120 000/150 000 € sur un ouvrage à l’usage de Rome (vers 1495-1500), exécuté par le Maître de Robert Gaguin, le Maître des entrées parisiennes et les Rouennais Robert Boyvin et Jean Serpin. Estimé 130 000/150 000 €, l’autre livre d’heures (voir photo) a été réalisé par le Maître de Coëtivy. L’ouvrage est fleur de coin, sans une écaillure et contient sept grandes miniatures, le nombre restreint s’expliquant par le fait que les heures de la Vierge sont illustrées d’une seule peinture. Personne ne s’en plaindra tant la renommée de l’artiste, nommé ainsi d’après le commanditaire d’un livre peint pour le chambellan de Charles VII, Olivier de Coëtivy, et son épouse Marie de Valois, est grande. Acteur de la vie parisienne entre 1450 et 1485, il « peut être considéré comme le troisième peintre de la France royale de son temps, après Fouquet et Barthélemy d’Eyck… », écrivent Nicole Reynaud et François Avril dans Les Manuscrits à peintures en France 1440-1520 (Paris, 1993). De formation flamande et picarde, le Maître de Coëtivy pourrait être assimilé à Colin d’Amiens, dit aussi Nicolas d’Ypres, fils d’André d’Ypres, fixé à Paris vers 1450. Notre homme, qui travailla pour la cour de France, appartenait à une triade de miniaturistes réunissant le Maître de Dreux Budé (André d’Ypres ?) et le Maître des Très Petites Heures d’Anne de Bretagne (Jean d’Ypres ?). La palette aux teintes saturées, une hachure d’or qui rajoute à l’éclat des figures, des visages ronds et doux et un décor peu foisonnant rattachent notre manuscrit aux premières années de production (avant 1470) de ce Colin «hystorieur et enlumyneur, bourgeois de Paris», auteur de patrons pour des vitraux et des tapisseries, et de travaux de «paintrerie» aux funérailles de Charles VII.

vendredi 04 juin 2021 - 14:00 - Live
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