Barrias et les innovations de son siècle

Le 01 septembre 2021, par Caroline Legrand

Symbolisme, mise en avant du corps féminin et polychromie… Autant de thèmes chers à la fin du XIXe siècle et à l’art nouveau naissant se retrouvent dans cette sculpture.

Louis-Ernest Barrias (1841-1905), La Nature se dévoilant devant la science, bronze à plusieurs patines, signé du fondeur « Susse Frères Éditeurs, Paris », h. 64,5 cm.
Estimation : 9 000/11 000 

Les progrès scientifiques et techniques furent immenses au XIXe siècle. Ils eurent des répercussions dans toute la société, mais aussi pour les artistes. Ainsi, grâce à un appareil créé par Achille Collas, on put à l’envi réduire ou agrandir mécaniquement n’importe quel modèle sculpté. S’y ajouta bientôt la fonte au sable, qui permit de reproduire les œuvres en grand nombre. On comprend l’incroyable floraison que connurent les bronzes au XIXe siècle ! Louis-Ernest Barrias en profita tout particulièrement. Il faut dire qu’il était l’un des artistes les plus en vogue de son temps. Passé par l’École des beaux-arts de Paris, il reçoit le premier prix de Rome en 1865. Il expose par la suite régulièrement au Salon et obtient de nombreuses commandes tant privées que publiques ; on lui doit le Serment de Spartacus du jardin des Tuileries ou le monument à Victor Hugo sur la place de la capitale baptisée du nom de l’écrivain. Il est également engagé sur l’un des plus grands chantiers de l’époque : l’Opéra Garnier. S’inspirant volontiers de la Renaissance italienne, le sculpteur confère à ses créations un saisissant et très vivant naturalisme. Mais le travail de Louis-Ernest Barrias est très éclectique, pouvant aller de l’orientalisme au classicisme, en passant le romantisme. Une diversité qui a fait de lui un artiste très convoité et l’un des plus édités en bronze, comme en témoigne cette Nature se dévoilant devant la science fondue par l’éditeur Susse Frères. Il s’agit d’une réduction d’un marbre commandé en 1889 par la faculté de médecine de Bordeaux, et terminé en 1893. Devant le succès rencontré par cette figure allégorique, en accord parfait avec le symbolisme alors à son apogée, Barrias en concevra une autre version, celle-ci polychrome – et à laquelle les différentes patines de notre bronze font référence –, pour l’escalier d’honneur du Conservatoire des arts et métiers de Paris.

Agenda
Les arts décoratifs des XIXe et XXe siècles marqueront les temps forts de cette vente. Du côté des premiers, on mettra en avant une vitrine de style Transition de François Linke, à la riche décoration de bronze doré représentant fleurs nouées, panier fleuri, masques féminins, trophées d'armes et instruments de musique (10 000/15 000 €), et un bronze de Louis Ernest Barrias, La Nature se dévoilant devant la Science, de 64,5 cm de hauteur (9 000/11 000 €). On passera à l'époque art déco avec le Skieur dans la pente de Charles Henri Molins en bronze chryséléphantin (8 000/9 000 €). Signalons encore pour la peinture une œuvre située Place de la Madeleine, d'Édouard Léon Cortés (5 000/10 000 €), et pour le design une paire de fauteuils Barcelona de Ludwig Mies van der Rohe, édités vers 1960 (6 000/7 000 €). 
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