Beauté sacrée champenoise du XVIe siècle

Le 14 janvier 2021, par Caroline Legrand

Sereine, cette Vierge à l’Enfant illustrant une époque bénie de l’art de Champagne présente également des parallèles avec les sculptures de l’église Saint-Pantaléon de Troyes.

Champagne méridionale, vers 1520. Vierge à l’Enfant couronnée en pierre calcaire polychrome et dorée, h. 93 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

Malgré l’absence des mains gauches de la Vierge et de l’Enfant, ainsi que de l’attribut de Marie dans celle de droite, cette sculpture de près d’un mètre de hauteur est un bel exemple de la douceur et du naturalisme de la sculpture en Champagne méridionale vers 1520. Vêtue, à la manière du début du XVIe siècle, d’une robe à encolure en « V » sous un manteau passementé d’or, la jeune mère tient son fils contre sa hanche droite, dans le pli de son manteau en tablier. Elle l’offre au regard des croyants, tout en affichant un visage baissé, presque mélancolique, annonciateur de la Passion et du destin tragique de Jésus. On reconnaît dans son attitude le style dit « gothique tardif » adouci sous l’influence de l’art italien, et qui annonce déjà la Renaissance. On en veut aussi pour preuve le détail très naturaliste des mèches de cheveux qui se dénattent sur les bras et s’étalent dans le dos, sous le court voile au bord gaufré et doré, retenu par une couronne rapportée – celle d’origine était en pierre, comme le suggère la terrasse circulaire avec son point d’ancrage. Bien que la Champagne soit longtemps restée en retrait des innovations, elle adopte ce style novateur vers 1450 grâce à l’arrivée de nouveaux maîtres maçons à Troyes, tel Florent Bleuet. De 1470 à 1530 environ, la Champagne méridionale connaîtra une période d’harmonie et d’équilibre tant économique que social, qui permettra à un groupe d’artistes de talent de donner naissance à un corpus d’œuvres marquantes. Cette sculpture est ainsi à rapprocher des grandes Vierges couronnées du Rouvroy, conservées au Louvre, et de celles de Villenauxe-la-Grande des musées des beaux-arts de Troyes et de Cluny. Mais elle se distingue aussi par une gestuelle, tout en retenue pour la mère et en vivacité pour l’enfant, que l’on retrouve plutôt dans la Vierge au croissant de Saint-Pantaléon de Troyes. Cette parenté stylistique plaide pour une provenance similaire. Sauvée de la démolition d’une ancienne demeure de l’Aube, cette Vierge à l’Enfant pourrait d’ailleurs provenir de l’autel d’un oratoire privé de l’église troyenne.

Panorama (avant-vente)

Rare marqueterie

Le 07 janvier 2021, par Caroline Legrand

À Amiens, le dimanche 17 janvier, sera présentée avec une estimation à hauteur de 5 000/7 000 € cette commode à façade cintrée, en placage d’olivier et de palissandre  (Hubert Deloute Ventes aux enchères OVV). D’époque Louis XIV, elle ouvre à quatre tiroirs sur trois rangées, ornés de réserves (80 130 64 cm). Outre sa belle ornementation de bronzes dorés à motifs de têtes d’homme barbu, de rocailles ajourées et de bouquets de fleurs, elle se distingue par son plateau en bois marqueté de croix de Malte et d’étoiles dans des disques.

Agenda
Le classicisme règnera en maître durant cette vacation dont les lots phares ne seront autres qu'une Vierge à l'Enfant couronnée sculptée en pierre calcaire polychrome et dorée vers 1520 en Champagne méridionale, peut-être à Troyes (15 000/20 000 €), et une huile sur panneau figurant Saint Paul issue d'un travail de l'atelier de Rubens (même estimation). Le mobilier ne sera pas en reste grâce à une commode Louis XIV à façade cintrée, en placage d'olivier et de palissandre et au plateau de bois à décor de croix de Malte et étoiles dans des disques (5 000/7 000 €. Voir Gazette n° 1 page 95). Concluons sur les objets d'art avec une aiguière et son bassin en argent réalisés en 1786 à Paris par le maître orfèvre Louis Joseph Milleraud-Bouty, au riche décor de festons, guirlandes de fleurs rubanées, rosaces et fleurons (3 500/4 000 €).  
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne