Bugatti et Delahaye face à face

Le 05 mai 2021, par Sophie Reyssat

Une lionne fondue par Hébrard et un cabriolet de 1949 sortent de leur réserve, pour le bonheur des collectionneurs.

Delahaye type 135 M cabriolet, 1949.
Estimation : 100 000/120 000 

Malgré sa férocité, cette Lionne dévorant sculptée par Rembrandt Bugatti est désirable à plus d’un titre. Elle affrontera en effet pour la première fois les enchères, après n’avoir connu que quelques changements de propriétaire parfaitement retracés, suite à son acquisition auprès du fondeur et galeriste Adrien-Aurélien Hébrard, avec lequel le sculpteur avait signé un contrat en 1904. Cet exemplaire de l’édition originale vers 1904-1934 est issue d’un modèle créé par Bugatti alors qu’il n’a que 20 ans. Pratiquant depuis toujours le modelage à main libre, privilégiant la spontanéité de la rapidité à la rigueur du dessin préparatoire, il a transmis son énergie à la matière. Les traces de ses doigts témoignent encore de son geste créateur, et confèrent à l’animal sa puissance vitale. Concentré sur son repas, le fauve reste aux aguets, comme l’indique sa musculature tendue, mise en relief par les riches nuances de la patine que l’atelier Hébard maîtrise à la perfection. Dès 1903, Bugatti a eu tout loisir d’observer les fauves au Jardin des plantes, avant d’être invité, en 1907, à poursuivre leur étude au jardin zoologique d’Anvers, alors le plus grand d’Europe. Avec les yeux exorbités de ses phares, encadrant le mufle d’une imposante calandre entre les joues gonflées de sa carrosserie signée Henri Chapron, une Delahaye de 1949 a comme un air animal (100 000/120 000 €). Ce cabriolet deux portes quatre places, type 135 M, est lui aussi remarquable (voir page de droite), car il n’a pas vu la lumière du jour depuis cinquante-six ans. Très bien conservé, il se dévoile avec tout le charme de sa sellerie cuir d’origine, son tableau de bord complet de tous ses instruments, ses luxueuses roues chromées et sa mécanique bien préservée. Équipée de compas extérieurs, sa capote peut être fixée en position «Mylord», à moitié ouverte pour ne découvrir que les places avant. Le raffinement est dans le détail 
 

Rembrandt Bugatti (1884-1916), Lionne dévorant, bronze à patine polychrome nuancée brun et vert, signé sur la terrasse «RBUGATTI», cachet
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Lionne dévorant, bronze à patine polychrome nuancée brun et vert, signé sur la terrasse «RBUGATTI», cachet du fondeur «Cire perdue A.A. HÉBRARD» et numéro de tirage «A-1», 17 71 22 cm, poids : 10,7 kg.
Estimation : 180 000/200 000 
Agenda

Intouchée depuis plus de soixante-cinq ans, très bien conservée, une Delahaye type 135 M cabriolet de 1949 ouvre la dispersion du dimanche 9 (100 000/120 000 €). Aux cimaises, une collection de sujets équestres s’affichera aux côtés du Bouquet de dahlias de Louis Valtat (30 000/50 000 €), tandis que six abstractions à la gouache et à l’huile, peintes par Oscar Zalameda, seront à décrocher entre 800 et 20 000 €. Rare survivante des fontes somptuaires de Louis XIV, une coupe de mariage en argent de l’orfèvre Thomas Maillard, parée d’anses à décor feuillagé et portée par un piédouche à feuilles d’acanthe, se fera remarquer autour de 1 500 €. En fin de vacation, la Lionne dévorant, sculptée par Rembrandt Bugatti, imposera le respect autour de 200 000 €. Cinq pièces de mobilier par André Sornay, de la desserte au buffet, en passant par une suite de chaises pin d’Oregon, changeront de demeure entre 300 et 5 000 €.

dimanche 09 mai 2021 - 14:00 - Live
Saint Cloud (Le Floc'h) - 1 ter, boulevard de la République - 92210
Le Floc'h
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne