Un double flatteur

Le 04 mars 2020, par Caroline Legrand

Ayant pour pedigree l’ancienne collection Emerson et Dina Woelffer, à Los Angeles, passé par la galerie Lucas Ratton en 2012, ce masque est un bel exemple de l’esthétique harmonieuse des Baoulé, et un témoin de leurs traditions cultuelles.

République de Côte d’Ivoire, fin du XIXe ou début du XXe siècle. Masque de danse baoulé en bois, à ancienne et profonde patine d’usage miel et brun brillant, 41 18 cm.
Estimation : 45 000/85 000 

En regardant ce grand et beau masque baoulé, on comprend ce que le peintre américain abstrait Emerson Woelffer (1914-2003) a pu voir en lui : des formes épurées et harmonieuses, mais aussi un objet ancestral qui véhicule en lui les esprits des forces primaires. Comme de nombreux artistes du XXe siècle, Woelffer trouva dans sa collection d’œuvres d’art africain une source d’inspiration, dans laquelle puiser afin de renouveler les conventions artistiques occidentales. Avec ses traces de portage interne et sa patine d’usage ancienne et profonde – couleur miel et brun brillant –, dues aux applications répétées de pigments naturels à chacune de ses sorties, ce masque baoulé affiche son âge séculaire. Remontant à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle, il a été utilisé lors de nombreuses cérémonies en Côte d’Ivoire. Ses formes sont caractéristiques de l’art des Baoulé, avec cette rondeur typique, le nez longiligne dans le prolongement de sourcils marqués de stries, les dents acérées, les scarifications sur le front et la coiffure tripartite finement incisée. Alliant finesse et réalisme, les masques baoulé sont généralement des portraits de membres du village ; ils sont d’ailleurs nommés « ndoma », mot qui signifie «double». Commandés par un groupe d’admirateurs à l’effigie d’un homme ou d’une femme appréciés pour leur prestige, leurs actions ou leur beauté, utilisés également lors des rituels liés à l’agriculture et à la fertilité, ces masques étaient généralement réservés pour des occasions exceptionnelles. On les portait ainsi lors de danses de divertissement «Mblo», mais leur apparition était bien souvent furtive afin de préserver leur beauté. Leur arrivée, souvent en fin de journée, était guettée par tout le monde : chacun était impatient de les voir danser, en union avec la personne en l’honneur de laquelle ils avaient été confectionnés.

mardi 10 mars 2020 - 15:00
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