De Dunand à Vu Cao Dam, un parfum d’Asie

Le 08 avril 2021, par Sophie Reyssat

Des carpes évoluent sur un paravent de Dunand sous le regard d’une Tonkinoise sculptée par Vu Cao Dam. 

Jean Dunand (1877-1942), paravent à deux feuilles en laque noire, décor argent et or de carpes et de plantes aquatiques, 1928, une feuille signée en creux, 192 x 80 cm chaque.
Estimation : 20 000/30 000 €

Avec ces deux feuilles de paravent, Jean Dunand allie sophistication et fantaisie. C’est en voulant restaurer d’anciens bronzes nippons, qu’il découvre le procédé de la laque, dont il décrypte les mystères en 1912, grâce au maître japonais installé en France, Seizo Sugawara. Le Français, qui a abandonné la pratique de la sculpture, apprise à l’école des arts industriels de Genève, pour se consacrer aux arts décoratifs à partir de 1905, intègre les nouvelles techniques ainsi découvertes dans ses œuvres produites après la Première Guerre mondiale. Ses pièces de dinanderie sont les premières à recevoir un décor de laque. Désirant lui faire jouer un rôle similaire à celui de la peinture, il se lance en 1921, avec un panneau reprenant une composition peinte par Henri de Waroquier, et qu’il présente au Salon des artistes décorateurs. La même année, à la galerie Georges Petit, il expose avec succès ses meubles épurés, ses objets décoratifs et ses paravents. L’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 marque sa consécration. Aussi agiles que celles d’Hokusai, ses carpes peuvent évoluer sereinement sur ce paravent, leurs écailles de métal précieux scintillant dans les rais de lumière pénétrant les flots de laque noire. Une grande paix intérieure se lit également sur le visage de cette jeune femme sculptée par Vu Cao Dam. Le Vietnamien, qui a formé son œil à la sculpture au contact des œuvres de Rodin, Despiau ou encore Giacometti, adopte la liberté du modelé occidental. La terre cuite a conservé la trace de ses doigts, ayant façonné avec sensibilité la tête de cette Tonkinoise, dont la beauté transcende les cultures. En 1946, Vu Cao Dam est ainsi la coqueluche de Paris, et la délicatesse de ses sculptures lui vaut de nombreuses commandes. Exposées à la galerie l’Art français, elles s’affichent également en bonne place au Salon des indépendants, à celui des Tuileries et au Salon d’automne. 

Vu Cao Dam (1908-2000), Tête de jeune femme en terre cuite patinée, signée à l’encre sur la chevelure dans la nuque, socle en bois d’origi
Vu Cao Dam (1908-2000), Tête de jeune femme en terre cuite patinée, signée à l’encre sur la chevelure dans la nuque, socle en bois d’origine, 21 x 12 x 12 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €
Agenda

Diverses facettes du XXe siècle sont au programme le 11 avril, de la douceur d’un visage de jeune femme tonkinoise sculpté dans la terre cuite par Vu Cao Dam (20 000/30 000 €), à l’énergique Chevauchée d’Antoniucci Volti, transfigurant les sources classiques dans ce bronze emportant femme et chevaux dans une même dynamique (8 000/12 000 €), en passant par le regard introspectif porté sur le monde par L’œil qui pleure d’Anne et Patrick Poirier (6 000/8 000 €). Imperturbables, les carpes de Jean Dunand poursuivront leur nage silencieuse sur deux feuilles de paravent de 1928 (autour de 25 000 €). Même éclectisme aux cimaises : moyennant quelque 10 000 €, Émile-Othon Friesz, peignant Saint-Malo en 1938, se mesurera à Alfred Manessier, représenté par une composition mosaïquée exécutée à la gouache en 1958.

dimanche 11 avril 2021 - 01:30 - Live
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