Une colère musicale d'Arman

Le 24 septembre 2020, par Claire Papon

La musique adoucit les mœurs ? Rien n’est moins sûr avec cette combustion de violoncelles d’Arman, évoquant Roméo et Juliette, et vedette d’une vente consacrée au XXe siècle.

Armand Fernandez dit Arman (1928-2005), Roméo et Juliette, combustion de violoncelles brisés dans le Plexiglas, pièce unique, 1970 ou 1974, 200 160 cm.
Estimation : 150 000/200 000 

Selon Platon, «le rythme et l’harmonie sont particulièrement propres à pénétrer dans l’âme et à la toucher fortement». Plus prosaïquement, cette œuvre pourrait en tout cas susciter une belle bataille d’enchères, à en juger par son estimation… C’est une pièce unique dont la date de création (1970) et le titre ont été communiqués par Arman lui-même, des années plus tard, au collectionneur, qui s’en sépare aujourd’hui : Robert Burawoy, ingénieur de l’École centrale de Paris, docteur en histoire de l’art et collectionneur depuis quarante ans, passionné d’armes et d’armures japonaises ainsi que d’art primitif. Quand il fait l’acquisition de cette sculpture en 1976, sur un coup de cœur, il ne connaît ni Arman, ni son œuvre. De leur rencontre naît une amitié qui durera plus de vingt ans. «La légendaire démarche d’accumulation en a fait très vite le plus grand collectionneur d’armures japonaises hors du Japon», confie Robert Burawoy à propos de l’artiste. Devenu son conseil dans ce domaine, il l’accompagne plusieurs fois au pays du Soleil-Levant pour lui montrer les collections publiques et privées. C’est en 1959 qu’Arman met au point son procédé d’inclusion, emprisonnant des objets dans une épaisse couche de résine. Il conjugue alors cette technique avec d’autres procédés de création tels que l’accumulation, les coupes ou les combustions. Typique de son travail des années 1970, Roméo et Juliette fige dans le temps deux violoncelles consumés par le feu, brisés ou frappés parfois à coups de hache ou de masse. Les débris rappellent le fruit de ses colères, et la nécessité pour Arman de laisser sortir sa rage pour créer. Une œuvre autant qu’une performance… Cette fureur à l’encontre des instruments de musique rappelle l’intensité explosive et tragique qui guida le destin des deux jeunes amants véronais.

Agenda
Si la musique adoucit les mœurs, ici elle pourrait susciter une belle bataille d'enchères, 150 000 à 200 000 € étant attendue d'une combustion de violoncelles brisés d'Arman, Roméo et Juliette. René Lalique et Émile Gallé sont les doyens de cette dispersion, mais on y tentera aussi sa chance sur une taille directe (bois) de Jean Lambert-Rucki Le Chef dit aussi Le Clown ayant appartenu à l'artiste (12 000/15 000 €), du mobilier de Jean Prouvé et Jules Leleu (modèle Martel de Janville), un exemplaire du fauteuil Antony de Prouvé en bois thermoformé (12 000/15 000 €), des œuvres de Dulio Barnabé dont Couple à la mandoline et à l'éventail (6 000/8 000 €), des céramiques de Jacques et Dani Ruelland. D'Anton Prinner auquel un petit chapitre est consacré, on a retenu une taille directe en bois Personnage renversé (4 000/5 000 €). De René Herbst, un prototype de la chaise longue en tube d'acier nickelé réalisé en 1930 pour Kees Stoop, initaiteur de l'édition Formes Nouvelles pourrait trouver preneur à hauteur de 5 000/7 000 €. Quoi de mieux enfin qu'un exemplaire de la chaise longue "PK24" en osier tissé et acier de Poul Kjaerholm (6 000/8 000 €) pour admirer la toile d'Eduardo Arroyo (1937-2018), W. Churchill Pintor (1969/1970), moyennant 40 000/60 000 € tout de même.
vendredi 02 octobre 2020 - 14:30 - Live
Salle 1 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Binoche et Giquello
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