Les lignes brisées d’Eugène Printz

Le 08 juin 2021, par Claire Papon

Étonnante avec son corps suspendu et son piétement à volutes en laiton, cette commode est la seule connue à ce jour dans cette essence rare.

Eugène Printz (1879-1948), commode à sept tiroirs en placage de palmier de Patawa, prises et base en laiton oxydé à l’éponge, 87 150 40 cm.
Estimation : 300 000/500 000 


Nommé «Lignes brisées», ce meuble est une variante en placage de palmier de Patawa (originaire d’Amazonie) du modèle en palissandre présenté au 23e Salon des artistes décorateurs à Paris l’année précédente, acquis en 1936 par le musée d’Art moderne de la Ville de Paris et conservé dans les collections de cette institution. Notre meuble est acquis en mars 1934 par M. et Mme X, proches de l’artiste, pour leur propriété entièrement décorée par celui-ci. Transmise à leurs fils, cette commode est arrivée jusqu’à nous par voie de succession. Elle a été restaurée il y a une vingtaine d’années à l’initiative de son propriétaire, seul le vernis et le décor d’oxydation à l’éponge sur les parties en laiton ont été refaits. Aucun élément n’ayant toutefois été remplacé, l’intégrité du meuble est préservée. Bien qu’estampillée du monogramme «E.P»., il est typique, avec son placage de palmier – un bois onéreux et complexe à travailler –, son aspect fonctionnel – une série de sept tiroirs de différentes dimensions –, ses prises au profil en chevrons, son piétement à volutes et lignes brisées en laiton… Sans oublier sa forme audacieuse et charpentée. Printz, remarqué par Pierre Chareau au début des années 1920, est encouragé par ce dernier à concevoir ses propres meubles et à s’éloigner des copies des productions Louis XVI et Louis XVIII qu’il réalisait jusque-là dans l’atelier paternel du faubourg Saint-Antoine. Les deux hommes conçoivent ensemble des pièces qu’ils présentent en 1925 à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes. C’est le début du succès pour Printz, qui compte parmi sa clientèle, aux quatre coins du monde, la bourgeoisie de la finance et de l’industrie, des institutions, des personnalités comme Jeanne Lanvin et le maréchal Lyautey – pour lesquels il conçoit des bureaux –, mais aussi la Ville de Paris. Parallèlement à ses pièces d’apparat et sur mesure en ébène, palmier ou kekwood, Printz propose quelques collections limitées, en noyer ou palissandre, destinées à des bourses plus modestes, toutes proportions gardées cependant… Notre commode appartient à la première catégorie avec son estimation à six chiffres.

Agenda
C'est à hauteur de 300 000/500 000 € qu'il faut prévoir de s'engager si l'on se déplace pour une commode d'Eugène Printz. Ce curieux meuble en placage de palmier de Patawa, au corps suspendu, serait le seul exemplaire ayant été réalisé dans cette essence. Vous voilà prévenus. Notre meuble partage l'après-midi avec une Panthère en marche (modèle créé vers 1930) de Paul Jouve, en bronze d'une édition ancienne réalisée par Claude Valsuani (50 000/80 000 €), une Femme à l'écharpe d'Aristide Maillol (modèle créé vers 1919, fonte du vivant de l'artiste par Claude Valsuani, 60 000/80 000 €), une pendulette moderniste en métal chromé de Jean Chaumet (vers 1930, 5 000/8 000 €). Provenant d'une collection particulière à Neuilly un encrier en argent et ébène de Jean-Émile Puiforcat vers 1925 nécessitera 10 000/15 000 €, quand un grand tapis rectangulaire d'Ivan da Silva Bruhns à motifs aztèques des années 1935 en bleu marine et blanc sur fond uni gris est estimé 30 000/50 000 €. Pas moins de 80 000/120 000 € sont demandés d'un bureau en U renversé à deux caissons en ébène de Macassar de Paul Dupré-Lafon. Le meuble, acquis en 1990, est conservé dans une collection particulière à Neuilly. Gilbert Poillerat, Gino Sarfati, Boris-Jean Lacroix, Colette Guéden, Jean-René Prou et Jean Lurçat sont les créateurs qui ont participé à la décoration de l'appartement neuilléen de monsieur et madame R. entre 1957 et 1961. 15 000/20 000 € sont ainsi avancés du bureau en bois laqué noir à plateau de travertin de René Prou (pièce unique), ainsi que d'un lampadaire à hauteur ajustable et réflecteur orientable de Gino Sarfati (Arteluce éditeur), réalisé vers 1957-1958, et d'un grand canapé d'angle (pièce unique exécutée vers 1960) de Gilbert Poillerat tapissé de son tissu bleu d'origine, 5 000/8 000 € d'une tapisserie de Lurçat, Deux lumières, 1960, tissée dans l'atelier de Suzanne Goubely à Aubusson.
vendredi 18 juin 2021 - 14:00 - Live
Salle 1-7 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Ader
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