Le Jugendstil strasbourgeois

Le 08 juin 2021, par Claire Papon

Art nouveau ou art déco ? Bien malin qui pourrait l’affirmer tant cette coupe en argent et celle en bronze doré et coquille d’Henri et René Treser empruntent à ces périodes.

Philippe Oberlé (1877-1950), coupe sur piédouche en argent, fût à quatre colonnes décoré d’ivoire, de lapis, turquoises et verres polis, base incrustée de nacre, socle en bois noirci, poinçons d’orfèvre et de titre allemand, vers 1912-1918, h. 31,5, diam. 29 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €

Dans les années 1870, Strasbourg ne compte, en matière d’enseignement des arts, qu’une école du soir. Nécessité faisant souvent loi, l’École supérieure des Arts décoratifs suit de quelques années l’ouverture du musée du même nom en 1887. Anton Seder, connu en Allemagne pour sa participation au mouvement art nouveau, est nommé directeur. C’est à lui que l’on doit le dessin de l’ornementation de la façade avec ses céramiques et ses vitraux encore visibles de nos jours. Comme ses cousines européennes, l’école entend concilier enseignement technique et éducation artistique, pour donner naissance à un art total accessible à tous, selon les préceptes de William Morris. Le lieu, qui accueille les élèves à partir de 14 ans, propose un enseignement de quatre ans, et en quatre spécialités : la céramique, la menuiserie et l’ébénisterie, la serrurerie et la ferronnerie et enfin la ciselure et l’orfèvrerie, où officie Philippe Oberlé à partir de 1904. Se démarquant de son prédécesseur Robert Rudolph, auteur de dessins de coupes et de trophées dans le style de la Renaissance, Oberlé donne une tonalité plus moderne aux travaux des élèves, entre influences naturalistes françaises de Gaillard et Fouquet, et tendances symbolistes allemandes. Comme l’inscription le précise, notre coupe (voir photo) est un cadeau de la cité alsacienne à Alexander Wacker, homme d’affaires prospère, en remerciement de ses conseils avisés. Tournant le dos à l’exubérance des motifs floraux de l’art nouveau, l’objet se veut l’illustration d’un «style domestique plus simple», selon les mots de Paul Caster dans la Revue alsacienne, en 1913. Un style moins artificiel mais non moins raffiné que poursuivent les frères Henri et René Treser, élèves de Philippe Oberlé, auxquels on doit des pièces d’orfèvrerie civile ainsi que pour des églises catholiques, des temples protestants et des synagogues. Difficile de ne pas apprécier, non plus, une délicate coupe rappelant les nautiles de la Renaissance, dont la coquille est enchâssée dans une monture en bronze doré ciselé gravé, faisant écho aux veines de la nacre (5 000/6 000 €).

Agenda
En début de séance, deux pièces d'époque art nouveau-art déco illustrant le Jugendstil strasbourgeois devraient susciter les convoitises : il s'agit d'une coupe en argent à décor de lapis, turquoises et verres polis de Philippe Oberlé et d'une autre des frères Treser formée d'un nautile enchâssé dans une monture de bronze doré. La première est estimée 10 000/15 000 €, la seconde, tout aussi modestement, 5 000/6 000 €. Plus classique mais non moins séduisant, un peigne en corne sculpté, émail et cabochons de saphirs de René Lalique, dont une variante est exposée au musée Hakoné au Japon, est attendu entre 40 000 et 50 000 €, quand une grande sculpture chryséléphantine (h. 64 cm) de Théodore Rivière, Salammbô chez Mathô, au sujet tiré du roman de Gustave Flaubert paru en 1862 et dont l'histoire se passe entre 241 et 238 av. J.-C., pendant la guerre menée par Carthage contre ses mercenaires révoltés, pourrait trouver preneur à hauteur semblable, 40 000/60 000 €. Un petit ensemble de veilleuses de Gabriel Argy-Rousseau est à signaler également dont une paire du modèle "Masques", créé vers 1925 (8 000/12 000 €), et une du modèle "La Coupe fleurie" vers 1920-1925 (5 000/6 000 €). Comptez 3 000/5 000 € pour une boîte à cigarettes de Paul-Émile Brandt en métal argenté à décor géométrique laqué et incrustation de coquilles d'œuf, 8 000/12 000 € d'un vase Mouettes en verre épais teinté noir et blanc, décoré en creux (modèle réalisé vers 1923, faisant partie d'un ensemble de vases art déco de Daum). Les amateurs d'objets surréalistes surveilleront un petit ensemble duquel on a retenu une pipe en argile peinte et verre soufflé de Man Ray, intitulé Ce qui manque à nous tous (20 000/30 000 €) et une poupée en tissu et terre cuite des années 1930 (anonyme), inspirée d'Ubu roi d'Alfred Jarry, qui fit sensation et scandale en 1896 lors de la première (4 000/6 000 €).
vendredi 18 juin 2021 - 15:00 - Live
Salle 9 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Tessier & Sarrou et Associés
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