Jean Fouquet, vous avez dit moderniste ?

Le 17 juin 2020, par Claire Papon

Cette pendule illustre l’art du joaillier Jean Fouquet, troisième du nom, avec ses formes géométriques, ses surfaces planes et ses couleurs fortes.

Jean Fouquet (1899-1984), pendule moderniste en onyx, cristal, cornaline, lapis-lazuli et malachite, vers 1930, 10 10 cm.
Estimation : 20 000/30 000 

Dans la famille Fouquet, voici le petit-fils d’Alphonse et le fils de Georges, célèbres pour leurs créations art nouveau. Jean leur préfère les lignes inspirées du constructivisme et du cubisme. Ses bijoux, en ébène, en argent, en acier chromé ou en or gris, en forme de triangle, de demi-cercle ou de pyramide, lui valent le succès. Venu à la joaillerie après avoir rêvé de devenir avocat, communiste comme ses amis Paul Éluard et Louis Aragon, il est une sorte de touche-à-tout dont l’imagination le porte à écrire des romans policiers. En l’occurrence, le mystère réside peut-être dans le nombre d’exemplaires produits. Il se dit que notre pendule serait une pièce unique dont Jean Fouquet a créé le modèle en 1927. Ce garde-temps, présenté avec son coffret d’origine, est un cadeau de l’architecte Gabriel Veissière (1884-1945) à Gaston Pelletier, directeur de l’Agence économique de Madagascar. Ce dernier, commissaire de l’Exposition coloniale internationale pour le pavillon de la Grande Ile en 1931, confie à Veissière la réalisation de l’édifice principal, qui rappelle dans le cadre enchanteur de Vincennes les lignes sobres des palais royaux de la dynastie Hova. Signalons que le modèle de notre pendule est reproduit dans la revue L’Officiel de la couture et de la mode de Paris, magazine français créé en 1921, illustré de photos, en noir et blanc puis en couleurs, et présentant les dernières tendances. On ne pouvait rêver meilleur support…

Le démeublement de Jean-Michel Frank

Le 17 juin 2020, par Claire Papon

À mi-chemin entre le purisme janséniste du Corbusier et la préciosité de Ruhlmann, cet ensemblier a élaboré un style aux volumes simples et aux formes harmonieuses.

Jean-Michel Frank (1895-1941), console en plâtre patiné composé d’un plateau (refait à l’identique) en bois patiné reposant sur deux montants feuillagés, vers 1935, 88 165 60 cm.
Estimation : 80 000/100 000 

«On peut aménager très luxueusement une pièce en la démeublant», avait coutume de dire Jean-Michel Frank. Difficile de faire abstraction toutefois de cette console dont la sobriété du plateau et le classicisme du piétement font ressortir l’exubérance des montants feuillagés. Faut-il voir dans ceux-ci le reflet du goût du décorateur pour la réinterprétation des meubles du XVIIIe, de l’époque Régence au style Louis XVI ? (C’est dans ce type de meubles que les menuisiers manifestaient le plus librement leur talent.) Habitué des matières originales telles que le gypse, la terre cuite, le mica, le graphite, le galuchat, la paille, la laque poncée, le cuir cousu à la main ou encore le parchemin, il fait ici le choix d’un matériau moins sophistiqué : le plâtre. Une autre façon d’investir l’espace intérieur avec sobriété. Ami des surréalistes et des musiciens du groupe des Six, Jean-Michel Frank travaille quelque temps pour un homme d’affaires après la mort de ses deux frères au front, et le suicide de son père en 1915. Mais il se passionne davantage pour le monde intellectuel et artistique. Pour Pierre Drieu La Rochelle et Louis Aragon, dont il est l’intime, il s’improvise décorateur dès 1918. Murs blancs, meubles presque absents, l’intérieur est dépouillé, et séduit rapidement. En 1926, la réalisation d’un fumoir aux murs gainés de parchemin et d’un boudoir en marqueterie de paille pour l’hôtel particulier des Noailles le révèle au Tout-Paris. Avec son collaborateur l’ébéniste Adolphe Chanaux, il met au point des meubles et des luminaires aux formes minimalistes dont raffolent les couturiers Elsa Schiaparelli, Lucien Lelong, Robert Piguet, Marcel Rochas et le parfumeur Jacques Guerlain, pour lequel il réalise l’institut de beauté 68, avenue des Champs-Élysées, avec Diego Giacometti et Christian Bérard. Si le dramaturge Édouard Bourdet lui confie le décor de ses pièces au théâtre de la Michodière, François Mauriac se laisse séduire par son «esthétique du renoncement»…

Agenda
Plus que le nombre de lots (soixante-dix), c'est leur qualité qui est mise en avant ici. L'art nouveau précède les productions du XXe siècle, et l'on y a retenu une étagère murale d'Émile Gallé dite "aux ombelles" en noyer sculpté et marqueté, exécutée vers 1902-1904 (15 000/20 000 €), mais surtout un ensemble de bijoux de René Lalique. Le plus attendu est un pendentif en or et émaux polychrome Glycines, une pièce unique de 1899-1901 (60 000/80 000 €, voir Gazette n° 23, page 6), un pendant de cou de mêmes facture et époque figurant un profil féminin parmi les feuilles de platanes et les grappes de fruits (30 000/40 000 €). Un coupe-papier Libellule en corne sculpté (modèle créé vers 1906-1908) et un peigne (corne sculpté) Branche de saule sont chacun estimés 12 000/15 000 €. D'Edgar Brandt, un pare-feu en fer forgé à patine brun et doré animé de cerfs et sangliers (vers 1925) est annoncé à 4 000/6 000 €, d'Armand Petersen, une Panthère à queue horizontale en bronze à patine noire pourrait rugir à hauteur de 12 000/15 000 €. Enfin, si 20 000/30 000 € sont avancés sur une pendule de Jean Fouquet en pierres dures des années 1930, et 15 000/18 000 € d'un bureau métallique de Jean Prouvé (variante du modèle 396 fabriqué pour la Compagnie parisienne de distribution d'électricité SA), 80 000/100 000 € sont à prévoir pour une console de Jean-Michel Frank en plâtre et bois patinés.
mardi 23 juin 2020 - 15:00 - Live
Salle 6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Tessier & Sarrou et Associés
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne