Daum et Majorelle : le naturalisme jusqu’au bout du pied !

Le 16 juillet 2020, par Caroline Legrand

En 1903, cette lampe ouvrait la fructueuse collaboration entre les verreries Daum et la maison Majorelle.

Louis Majorelle (1859-1926) et Daum à Nancy, lampe de table modèle « Nénuphar » à piétement en bronze doré, coupelle corolle trilobée en verre gravé à l’acide et reciselé, signée Daum sur la coupelle et L. Majorelle sur le pied, h. 69 cm.
Estimation : 120 000/150 000 

Quand l’art nouveau est né à la fin du XIXe siècle, son but était simple : renouveler les arts en abandonnant les sempiternelles références aux canons du XVIIIe siècle. Les arts moyen-orientaux et asiatiques ont changé le regard des créateurs, mais c’est surtout la nature qui leur a offert des motifs révolutionnaires. Fleurs et feuillages envahissent bientôt meubles, céramiques ou objets d’art, les lignes se faisant sinueuses pour imiter les branches et les feuillages. Parfois, la forme même de l’œuvre copie la nature, à l’exemple de cette exceptionnelle lampe de table « Nénuphar ». La coupelle en verre jaune orangé simule une corolle trilobée, le décor à l’acide et ciselé détaillant chaque feuille et jusqu’à la moindre nervure de la fleur, tandis que le pied en bronze doré est constitué de trois branches sommées de feuilles, la base étant habitée de trois grenouilles en ronde bosse. Ce dernier détail ajoute aux qualités de cette pièce, les charmants batraciens étant absents du seul autre exemplaire connu, celui conservé au musée d’Orsay, à Paris. C’est au salon de l’Union centrale des arts décoratifs de 1903 que les maisons Daum et Majorelle ont présenté ce modèle. Antonin Daum a rapidement compris la nécessité de varier sa production et d’offrir une gamme complète et diversifiée de ces lampes, veilleuses et suspensions. Il n’hésite pas à collaborer avec d’autres artistes aux diverses spécialités, comme le ferronnier Edgar Brandt, le céramiste Rudolf Podany ou les décorateurs André Groult et bien sûr Louis Majorelle. C’est en 1890 que ce dernier ouvre son atelier de bronze, cuivre et fer forgé, destiné au départ à l’ornementation des meubles. Au fil des années, il revoit ses ambitions à la hausse, fort du potentiel décoratif immense qui s’offre à lui. En créant le dessin de ce piétement, en imaginant aussi la forme générale de la lampe et même son éclairage, Louis Majorelle atteint visiblement le summum de son art !

vendredi 24 juillet 2020 - 14:30 - Live
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