Le chardon de Line Vautrin : qui s'y frotte, s'y pique !

Le 09 juillet 2020, par Claire Papon

Figure incontournable des arts décoratifs du milieu du XXe siècle, Line Vautrin s'inspire d'une fleur pour l’un de ses fameux miroirs.

Line Vautrin (1913-1997), Chardon, miroir sorcière en Talosel, à inclusions de miroirs teintés, diam 22,5 cm.
Estimation : 8 000/10 000 €

S’il n’est pas aisé au premier coup d’œil de reconnaître le chardon – plante armée de piquants et dont le calice arrondi est terminé par une espèce de couronne –, tel est pourtant le nom choisi par Line Vautrin pour ce modèle, qui a vu le jour vers 1955, et a été décliné en différentes tailles. C’est en 1950 que l’artiste, qui a jusque-là utilisé le bronze doré pour ses bijoux et ses accessoires, découvre le matériau qui l’amène à la décoration : le Talosel, élaboré à partir d’acétate de cellulose – nom scientifique du Rhodoïd (donné par Rhône-Poulenc), utilisé depuis la fin de la guerre pour fabriquer peignes et lunettes. Ce dernier est chauffé, taillé, pincé, tordu par la créatrice, pour lui donner la forme voulue, puis collé avec des feuilles de résine dont la surface est travaillée, découpée, patinée. Assemblées, ces pièces de puzzle colorées servent de cadres à des miroirs sorcière convexes, mais aussi à quelques tables, des pieds de lampe et des bijoux. Le succès est immédiat et les clients se pressent dans son magasin (au 3, rue de l’Université), parmi lesquels Brigitte Bardot ou Françoise Sagan. C’est dans l’école qu’elle ouvre en 1967, quai des Grands-Augustins, qu’elle fait ensuite connaître sa technique, dont le brevet va bientôt tomber dans le domaine public. Quelque peu oublié dans les années 1980, le Talosel ressort du placard de son appartement-atelier parisien, dans le 12e arrondissement, et donne naissance à de nouveaux colliers, miroirs et sculptures dont le succès ne s’est pas démenti depuis.

Agenda
Fontaine, je ne boirai pas de ton eau, paraît-il… Il faudra bien engager toutefois 20 000/30 000 € pour une fontaine de Rupert Carabin datée 1893 en grès et en étain. Classique, le modèle met en scène une jeune femme en haut relief, tenant une éponge, assise sur un bassin orné de feuilles de nénuphar. Un peu plus loin, on a retenu une lampe de Gallé, en verre multicouche bleu-violet sur fond jaune, à chapeau hémisphérique, à décor de mouettes dans un paysage de pins parasol, dont 10 000/15 000 € sont espérés. De Daum, un vase "aux bouleaux en automne" des années 1905 de forme balustre, à décor de paysage de sous-bois, est annoncé à 3 000/4 000 €, tandis qu'un vase en verre fumé moulé-pressé patiné de René Lalique Aigrettes (modèle créé le 7 décembre 1926 et non repris après 1947) est assorti de 2 000/3 000 €. D'Émile Lenoble, un séduisant vase en grès, de forme ovoïde, à col circulaire, orné de motifs géométriques en creux et en relief sous couverte noire, nécessitera 4 000/6 000 €. Un Ours assis de Guyot (bronze à patine nuancée, cire perdue de Susse, 15 000/20 000 €) semble surveiller du coin de l'œil une Panthère marchant (patine brune, fonte ancienne de Susse) de Roger Godchaux (12 000/15 000 €). Comptez 25 000/30 000 € pour un bureau en chêne à deux tiroirs en façade reposant sur des pieds gainés de parchemin de Jean-Michel Frank, 8 000/10 000 € d'un miroir en talosel de Line Vautrin (modèle "Chardon"), 6 000/8 000 € d'un fauteuil et d'une table basse en métal martelé et laque craquelée noire et blanche de Poltrona, créés vers 1972 et intitulés Hommage à Jean Cocteau, provenant de la maison de Jean Marais à Vallauris.
vendredi 17 juillet 2020 - 13:30 - Live
Salle V.V. - 3, rue Rossini - 75009
Millon
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