Sculpteur et ébéniste

Le 21 janvier 2021, par Claire Papon

Les beaux meubles XVIIIe sont devenus une denrée plutôt rare sous le marteau et cette commode de Charles Cressent s’inscrit parmi ceux-ci.

Charles Cressent (1685-1768), commode à crosse et chutes de fleurs en bois de satiné et amarante ouvrant à deux tiroirs, dessus de marbre brèche d’Alep, bronzes dorés ciselés au «C» couronné, époque Louis XV, vers 1730, 89 129 66,5 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €

Inutile de chercher l’estampille de l’ébéniste, Charles Cressent n’en avait pas. Très exactement, il n’en avait pas besoin tant ses ouvrages – des commodes, mais aussi bureaux plats, encoignures, armoires et régulateurs pour l’essentiel – étaient codifiés et reconnaissables. Il a créé toutes sortes de commodes, qu’il qualifiait lui-même  : «à la Régence», «à la dauphine», «à la Chartres»… Typique de son travail : ce meuble des années 1730, en bois de placage orné de doubles crosses de chutes de fleurs en bronze, dont à peine une dizaine d’exemplaires sont répertoriés dans la monographie d’Alexandre Pradère. Le prototype et le plus ancien exemplaire semble être celui de l’ancienne collection Machault d’Arnouville conservée au château de Thoiry. Ébéniste et bronzier à la fois, ce qui lui valut des démêlés avec cette dernière corporation, Charles Cressent privilégie les placages en frisage de bois de rapport à motifs de chevrons et treillages qu’il rehausse de bronzes, élément décoratif de premier ordre selon lui. Aux marqueteries de fleurs, ruines et autres attributs de jardinage, il préfère les fonds chatoyants – ses bois préférés sont le satiné et l’amarante  – sur lesquels il montre et fait ressortir la finesse de la ciselure, la richesse de la dorure des bronzes. Notre commode se rattache plus aux productions de l’époque Louis XIV qu’à celles Louis XV. La présence du «C» couronné traduit une mise sur le marché entre 1745 et 1749, notre meuble se trouvant chez un marchand-mercier, ou ayant été déposé dans un atelier de restauration. S’il n’est pas gage de qualité mais seulement de l’acquittement d’un impôt payé sur les bronzes et les cuivres ornant «tous les ouvrages vieux et neufs», ce type de poinçon est si présent qu’il témoigne du succès de ces objets au milieu du XVIIIe siècle. Bien qu’il ait dû vendre ses productions à plusieurs reprises parce qu’il était à court d’argent, Charles Cressent est souvent considéré comme le plus grand ébéniste de la Régence, et il fut le fournisseur des ducs d’Orléans, du Régent et de son fils Louis.

Agenda
La plus haute marche du podium ne devrait pas échapper à une toile de Giuseppe Vermiglio illustrant Le Mariage mystique de sainte Catherine entre sainte Agathe et saint Jean-Baptiste. Cette grande toile qui reprend l'organisation des conversations sacrées a figuré en couverture de la Gazette n° 35 (page 6). Elle est estimée 150 000/250 000 €. Plus abordables mais néanmoins attendus, à hauteur de 40 000/60 000 €, un Bouquet de fleurs, tulipes et œillets et une grande composition (194 x 145 cm) figurant Caïn et Abel. Le premier est l'œuvre de l'école anversoise vers 1620-1630, la seconde du Napolitain Luca Giordano. Côté Chine, on tentera sa chance sur des pièces en bleu et blanc à destination du Vietnam vers 1845, ainsi que sur un ensemble de six assiettes de la période Yongzheng, à décor polychrome de la famille rose aux armes de Hollande et au monogramme de la Compagnie des Indes orientales hollandaises (20 000/30 000 €). 40 000/60 000 € sont demandés d'un sarcophage en grès gris sculpté de paons et de sarments stylisés (Toscane ? XIIe siècle), 15 000/20 000 € d'un grand Christ en noyer sculpté avec restes de polychromie (Auvergne, XIIe-XIVe et XVe siècles). Le mobilier, classique, est emmené par une commode de Cressent, vers 1730, pour laquelle il faudra s'engager entre 60 000 et 80 000 €.
vendredi 29 janvier 2021 - 02:00 - Live
Salle 5-6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Ader
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