Mémoire et symbole de l’art tribal

Le 21 mai 2020, par Claire Papon

Sculptée dans la deuxième moitié du XIXe siècle, cette figure féminine sénoufo est la plus attendue d’une vingtaine de pièces ayant appartenu à Maurice Garin.

Côte d’Ivoire, seconde moitié du XIXe siècle, ethnie sénoufo. Statuette en bois sculpté à patine brune d’usage, figurant une femme vêtue d’un pagne, h. 62 cm.
Estimation : 20 000/30 000 

Acquise sur place dans les années 1950-1955, elle est inédite et vient donc enrichir le corpus de la statuaire des arts sénoufo anciens. On appréciera le long visage plat travaillé sur un même plan, le nez en forme de «T» inversé, témoignant du style ancien, notamment de celui du nord du pays sénoufo, influencé par celui des sculpteurs de la région de Sikasso au sud-est du Mali. Mais aussi le traitement des seins nourriciers et du nombril, proéminent, critère de beauté et rappel de la prééminence de l’ancêtre. Chez les Sénoufo, la femme est la divinité suprême à travers laquelle s’accomplit la destinée humaine, le centre même de la religion, et non une «sorcière» potentielle, c’est-à-dire pouvant agir à l’encontre du bien-être de la communauté, comme c’est le cas chez la plupart de leurs voisins. C’est elle qui permet un lien direct entre le monde des esprits et de l’invisible et celui des vivants, notamment à travers l’art de la divination. Cette figure est probablement la représentation de la déesse Kaatyelo, «la plus vieille femme du village» ou la «la vieille mère des hommes», celle qui réunit les qualités de la mère idéale. Responsable de la continuité biologique, elle est aussi l’éducatrice des jeunes, qu’elle prépare au poro, long rite d’initiation servant à former le garçon dès ses 7 ans.

Agenda
En cette première partie d'après-midi défilent 140 numéros : masques, fourneaux de pipe, cannes, sièges, cuillers, tambours, portes de grenier, masques et statues ou statuettes bien sûr, que l'on échangera à partir de 300 €. Une mention spéciale revient à l'ancienne collection Maurice Garin, constituée d'une vingtaine de pièces bambara (Mali), sénoufo ou guéré (Côte d'Ivoire) pour la plupart, acquises au début des années 1950 sur place. La plus disputée (20 000/30 000 €) devrait être une figure féminine sénoufo XIXe, mais l'on a noté également une ancienne statuette assise sur un tabouret (sénoufo) coiffée d'un canari, en terre cuite (6 000/8 000 €), et deux masques du Do (Ligbi, aire sénoufo) en bois polychrome, pour lesquels 4 000 à 6 000 € sont à prévoir successivement. Aux objets succèdent un ensemble de catalogues d'expositions et d'ouvrages de référence.
mardi 26 mai 2020 - 14:00 - Live
Salle des ventes Favart - 3, rue Favart - 75002
Ader , Euvrard & Fabre
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne