Un bijou d’orfèvrerie signé Fabergé

Le 10 décembre 2020, par Claire Papon

Au nombre des objets emblématiques russes, les kovsh n’ont parfois rien à envier aux œufs de Pâques. Pour preuve, ce somptueux modèle de la maison Fabergé, alliant émaux cloisonnés et vue du Kremlin.

Feodor Rückert pour Karl Fabergé (1846-1920). Kovsh en vermeil et émail cloisonné polychrome à décor de motifs géométriques, fleurs et rinceaux stylisés, la proue ornée d’une vue du Kremlin depuis la Moskova, Moscou, 1908-1917, 9 11,5 cm.
Estimation : 40 000/60 000 

Pièce d’orfèvrerie parfois d’une grande valeur aujourd’hui, le kovsh correspond traditionnellement, au Moyen Âge, à un simple bol à boire en bois, constitué d’un cuilleron concave prolongé d’un manche. Apparu en métal au XIVe siècle, il devient à partir du XVIIe un objet de luxe, de récompense pour les collecteurs d’impôts ou les cosaques, quand il n’est pas offert comme cadeau diplomatique à une tête couronnée européenne. Le nôtre est de trop petite taille pour cela. Nul doute toutefois que son commanditaire fut un haut personnage russe, comme le sera très probablement aussi son acquéreur. Cet objet illustre en tout cas l’excellence des productions de Karl Fabergé, en cette année où l’on célèbre le centenaire de sa mort. L’orfèvre-joaillier savait s’entourer des meilleurs artisans dans ses ateliers de Saint-Pétersbourg et de Moscou. Au début de l’année 1914, son empire joaillier compte près de 100 000 pièces. C’est à Moscou que les émaux cloisonnés voient le jour. Virtuose de cette technique, Feodor Rückert commence à collaborer avec Fabergé en 1887 et développe des émaux aux nuances pastel, puis des couleurs sombres et froides à motifs néo-russes. Par le biais de la technique de l’émail sur filigrane d’argent, il révolutionne cet art, les cloisons ne servant plus uniquement à compartimenter mais devenant un décor à part entière à travers des motifs de style art nouveau. Ces émaux cloisonnés brillants servaient de cadre à des scènes émaillées, en plein, à l’aspect mat, dont il avait le secret. Véritables miniatures, elles reprennent des œuvres illustrant les fastes de la Russie prisées de l’aristocratie, mais aussi des tableaux de Makovski, Vasnetsov ou Solomko, faisant référence à la tradition slave. Ce kovsh offre une représentation du Kremlin, forteresse et résidence des tsars jusqu’au XVIIIe siècle, incarnant le berceau de la vieille Russie. Une icône en quelque sorte…

Agenda
Après une trentaine de dessins anciens et modernes, on se tournera vers les tableaux parmi lesquels un ensemble de peintures géorgiennes de Basil Djordjaze et Félix Varla. De ce dernier, une toile de 1974, Les Musiciens, est attendue à 5 000/6 000 €. Au chapitre des icônes, les plus prisées devraient être une tempera sur bois du Saint prince Alexandre Nevsky, habillée d'un oklad en vermeil (Moscou, 1908-1917, 4 000/6 000 €) et une représentation de Mère de Dieu de Kazan, ornée d'un cadre en argent (Moscou, 1891, 5 000/7 000 €). Estimée 4 000/6 000 €, une curieuse salière en bronze argenté de forme pyramidale à décor ciselé d'animaux fantastiques, s'ouvrant en deux parties, témoigne des productions de l'école de Stroganov fondée à Moscou en 1825, devenue l'Institut impérial Stroganov pour les arts industriels en 1901, placée sous le patronage de la grande-duchesse Élisabeth (1864-1918). En revanche, il faudra lever la main jusqu'à 40 000/60 000 € si l'on se déplace pour un kovsh en vermeil et émaux cloisonnés orné d'une vue du Kremlin, travail de Feodor Rïckert pour Karl Fabergé. C'est entre 20 000 et 30 000 € qu'est attendue enfin une représentation en bronze à patine brune (fonte à la cire perdue de Valsuani) de la danseuse internationale et pianiste, la comtesse Tamara de Svirsky (1883-1972), par le prince Paul Troubetskoy. Une même estimation est annoncée pour un portrait d'Albert Bartholomé en habit de sculpteur (bronze à patine brune de Hébrard) par Raphaël Schwartz (1884-1934).
mercredi 16 décembre 2020 - 02:00 - Live
Salle V.V. - 3, rue Rossini - 75009
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