Les danses polovtsiennes de Roerich et Diaghilev

Le 02 juillet 2020, par Agathe Albi-Gervy

Membre du cercle des peintres russes de Diaghilev, Nicolas Roerich prépare ici un décor de l’opéra Le Prince Igor d’Alexandre Borodine, mis en scène par le grand imprésario avec ses Ballets russes.

Nicolas Roerich (1874-1947), Stage Design for the Polovtsian Dances from the Borodin’s Opera « Prince Igor » (Scénographie pour les danses polovtsiennes de l’opéra de Borodine « Prince Igor »), 1914, aquarelle sur papier, 22 30 cm.
Estimation : 200 000/250 000 

Le décor est planté : l’aube naissante dévoile un campement d’où s'élèvent de timides fumées, tandis que des hommes armés de lances montent la garde. Le peintre Nicolas Roerich contextualise ainsi l’intrigue qui se déroule dans l’opéra Le Prince d’Igor, un programme en quatre actes inspiré d’événements historiques décrits dans Le Dit de la campagne d’Igor. Ce poème médiéval serait la plus ancienne œuvre littéraire des Slaves orientaux : sans doute écrit à la fin du XIIe siècle, il relate la campagne militaire menée en 1185 par Igor Sviatoslavitch, prince de Novgorod-Severski, contre les Coumans de Kontchak, et qui s’est soldée par un échec. Après avoir mené des études d’ethnologie et d’histoire approfondies, le compositeur Alexandre Borodine (1833-1887) transpose cette guerre en opéra – sa rédaction sera achevée après sa mort. L’opéra, créé en novembre 1890 au théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, est encore joué en 1909 avec une production du génial Serge de Diaghilev (1872-1929) et des décors et costumes de Roerich. L’aquarelle ici présentée prépare, quant à elle, une représentation de 1914 au théâtre royal Drury Lane à Londres. Ce sont les danses polovtsiennes, accompagnant le chœur situé au deuxième acte, qui ont rendu Le Prince Igor célèbre – parmi ses danseurs, a figuré Vaslav Nijinski. C’est précisément cette scène orchestrale spectaculaire, impliquant de nombreux instruments solos comme la clarinette, le hautbois et le cor anglais, que Roerich prépare dans cette aquarelle. Si Borodine a accouché du Prince Igor après de longues recherches, Roerich a lui aussi puisé dans ses vastes connaissances pour créer des décors et costumes semblant fidèles à la réalité. Passionné d’artefacts préhistoriques depuis qu’un archéologue a amené ce fils de bourgeois intellectuels sur des excavations de tumuli à l’âge de 9 ans, Roerich porte un intérêt tout aussi scientifique à l’histoire et aux légendes russes. En 1909, il conçoit ainsi les décors et costumes d’Ivan le Terrible, opéra de son ami Nikolaï Rimsky-Korsakov.

Agenda
Le premier des trois chapitres, à cheval entre les 7 et 8 juillet, se concentre sur les arts et les souvenirs historiques russes. Le peintre Nicolas Roerich y signe une peinture préparant sa scénographie pour l'opéra de Borodine, Le Prince Igor, mis en scène en 1914 par Diaghilev et ses Ballets russes (200 000/250 000 €). Konstantin Dmitrievic Balmont offre quant à lui un carnet autographe renfermant des poèmes rédigés en 1930 et 1931 et transmis à ce jour par les héritiers du grand chorégraphe Serge Lifar (100 000/120 000 €). Parmi les précieux objets d'art, citons un cadre Belle Époque émaillé (85 000/90 000 €) et un kovsh en argent des années 1705 (85 000/100 000 €). Le second catalogue, attaché aux peintures, met à l'honneur quelques vedute, signées Antoine Bouvard (7 500/10 000 €), un anonyme du XIXe siècle (8 000/10 000 €) mais aussi Alphonse Lecoz (3 000/4 000 €). Quant aux manuscrits, autographes, photographies et livres qui clôturent cette vente, ils renferment une lettre adressée par Napoléon III au général Wimpffen lorsqu'il était prisonnier à la suite de la bataille de Sedan (20 000/25 000 €), et une lettre autographe écrite par Tolkien à l'illustratrice Miss Sykes, dans laquelle il évoque la sortie prochaine du Seigneur des Anneaux (18 000/25 000 €).
mardi 07 juillet 2020 - 14:00 - Live
Monte Carlo - 27, avenue de la Costa - 98000
Hermitage Fine Art
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne