Saint Jean, protège les Romanov !

Le 25 juin 2020, par Sophie Reyssat

Témoin de l’histoire, cette icône a suivi la tsarine Alexandra Feodorovna jusqu’en Sibérie.

Russie, 1916-1917, icône de saint Jean de Tobolsk, huile sur panneau, 22 17,5 cm (repeints).
Estimation : 20 000/30 000 

Dans les ventes d’art russe, les souvenirs historiques ne sont jamais très loin des objets d’art. Il en est ainsi de ce tableau religieux, une icône à plus d’un titre, puisqu’il s’agit d’une relique de l’impératrice Alexandra Feodorovna. N’ayant pu trouver le salut dans l’exil, la famille du tsar Nicolas II est enfermée dans le palais de Tsarskoïe Selo, avant d’être emmenée en Sibérie, à Tobolsk. Pour la soutenir dans cette épreuve, la tsarine choisit d’emporter avec elle cette effigie du métropolite saint Jean, qui évangélisa l’immense région au début du XVIIIe siècle. Au dos de l’icône, elle a d’ailleurs tracé ces mots : «Sauve et protège 29.X.1917», accompagnés d’une croix. L’aura du religieux, admiré pour son zèle apostolique, sa vie ascétique et sa générosité, est alors d’autant plus importante que ses actions au service de la foi ont été remises en lumière par sa canonisation, un an plus tôt. C’est à Tobolsk, que l’impératrice a remis l’image sacrée à sa demoiselle d’honneur, Anastasia Vassilievna Henrikov. Séparées par les Bolcheviks, les deux femmes se rejoindront dans la mort. Avant d’être fusillée, la comtesse a pu confier l’icône à ses proches. Exilée en France, l’icône du saint a fini par se retrouver dans l’église de la maison de retraite des invalides russes apatrides de Montmorency. Le sort s’acharnant, le lieu a été détruit en 2001. Gardienne de la mémoire de l’ancienne Russie, son effigie pourrait aujourd’hui être bénie par les enchères.

Agenda

Le mercredi 1er, la Russie sera évoquée en plusieurs volets mêlant art et histoire. La peinture célèbrera le Caucase à travers les montagnes peintes par Sattar Bahlulzade (autour de 45 000 €) et la vie du vieux Tiflis évoquée par Le Concert de violon immortalisé par Vano Meliashvili (environ 35 000 €). Les dessins feront passer de la Première Guerre mondiale, illustrée par Léonide Romanovitch Sologoub, à la fantaisie des costumes de scène dans la tradition de Bakst, collectionnés par Yuri Yurovsky, en s’attardant sur des collages de Georges Annenkov (entre 3 000 et 6 000 €). L’histoire fera le grand écart entre les dessins d’affiches de propagande soviétique et l’icône de saint Jean de Tobolsk, qui a suivi la dernière tsarine en Sibérie (20 000/30 000 €). Fabergé réjouira tous les sens avec un confiturier en argent et vermeil fabriqué entre 1869 et 1894, dissimulant une boîte à musique jouant des airs de Carmen (15 000/20 000 €).

mercredi 01 juillet 2020 - 14:30 - Live
Neuilly-sur-Seine - Hôtel des ventes, 164 bis, avenue Charles-de-Gaulle - 92200
Aguttes
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