Khlebnikov et Ovtchinnikov, deux Orfèvres russes

Le 27 février 2020, par Sophie Reyssat

Khlebnikov et Ovtchinnikov tiennent le haut du pavé avec des œuvres du tournant du XXe siècle.

Moscou, 1889, Khlebnikov. Montre de bureau, poinçons : «84» et tête de femme tournée à gauche, marquée «Khlebnikov» sous l’aigle bicéphale, mécanisme signé «Patek Philippe Genève N79917», 12 7,5 cm, poids 439 g, coffret en bois et cuir de crocodile, garni d’une plaque en argent ornée d’une aigle bicéphale.
Estimation : 20 000/25 000 


En état de marche, cette montre remontera le temps jusqu’en 1888, au moment de sa commande, référencée dans les archives de la maison Patek Philippe. Livrée l’année suivante, elle a été insérée dans un précieux écrin réalisé par la maison Khlebnikov, fournisseur d’Alexandre III. Le tsar en a fait cadeau, comme le signale la dédicace «reçue de la main de l’Empereur», et la plaque en émail portant la mention «pour la foi et la fidélité». Les archives de Khlebnikov ayant disparu à la Révolution, aucune autre pièce de ce type n’est référencée, et il est impossible de savoir à qui elle a été offerte. On connaît néanmoins d’autres souvenirs historiques en forme de casque – celui-ci correspond au corps des leibgarde, la garde rapprochée du tsar –, sans montre, réalisés par Fabergé et conservés au musée d’histoire de Moscou. L’aigle impériale russe est perchée sur le casque. La première représentation du roi des oiseaux à deux têtes, regardant dans des directions opposées, remonte aux sceaux cylindres hittites du XIIIe siècle av. J.-C., mais c’est avec Byzance, que s’est diffusée son image. Elle représente alors l’union de l’Est et de l’Ouest au sein du même empire. Suite au mariage d’Ivan III avec la princesse byzantine Sophie Paléologue, le symbole s’affiche pour la première fois sur le sceau officiel russe, en 1497. L’orfèvre Ivan Khlebnikov s’est rendu célèbre pour ses émaux en plique-à-jour, en cloisonné ou en champlevé, ici représentés par une boîte en forme d’œuf, ornée de médaillons des cathédrales moscovites Saint-Basile et du Christ-Saint-Sauveur (5 500/6 500 €). Tout aussi prestigieuse, la maison Ovtchinnikov sera évoquée par un modèle orné de trois têtes d’anges (3 500/5 000 €), et un autre à motifs d’abeilles et de feuillages (1 400/2 000 €). Un kovsh en forme de sauvagine illustrera également la qualité du cloisonné de ce fournisseur du tsar et des cours d’Europe (15 000/20 000 €, voir photo ci-dessous).

Moscou, 1894, Ovtchinnikov. Kovsh en forme de sauvagine, argent doré et émail cloisonné, poinçons «MO» sous l’aigle bicéphale (Pavel Ovtch
Moscou, 1894, Ovtchinnikov. Kovsh en forme de sauvagine, argent doré et émail cloisonné, poinçons «MO» sous l’aigle bicéphale (Pavel Ovtchinnikov), «AC 1894 [A. Smirnov], 84, saint Georges», 18 12,7 26,4 cm, 688 g.
Estimation : 15 000/20 000 
Agenda

Près de soixante-dix livres et documents historiques, dont une lettre signée de Pierre Le Grand (3 000/5 000 €), introduisent cette vente russe riche de spécialités, qui mettra l’orfèvrerie en avant, notamment grâce à la dispersion de deux collections. En vedette, les fournisseurs du tsar : Khlebnikov, Ovtchinnikov et les frères Gratchev, avec des pièces allant des cuillers en émail cloisonné à la montre offerte par le tsar Alexandre III, dans une fourchette de 500 à 25 000 €. En clôture de vacation, Wladimir Baranoff-Rossine, influencé par l’orphisme de Robert et Sonia Delaunay, sera représenté par une composition abstraite peinte vers 1925 et un Paysage corse réalisé cinq ans plus tard (respectivement autour de 21 500 et 35 000 €).

dimanche 01 mars 2020 - 02:00 - Live
Versailles - Hôtel des ventes du Château, 13, avenue de Saint-Cloud - 78000
Osenat
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