Souvenirs de Russie sous les murs du Kremlin

Le 11 mars 2021, par Sophie Reyssat

Le pinceau de Stelletsky, la plume de Pouchkine et la signature des tsars font renaître l’histoire.

Dimitri Stelletsky (1875-1947), Kremlin de Moscou, huile sur toile, 73 100 cm.
Estimation : 30 000/50 000 

Plus de 300 lots d’art russe se diviseront équitablement entre le samedi 13, réservé aux livres et aux documents, et le dimanche 14, essentiellement consacré à la peinture et à quelques objets d’art. L’histoire et son cortège de souvenirs défileront sous les remparts du Kremlin brossé par Dimitri Stelletsky, avec une toile conservée au sein de la même famille depuis les années 1930 (voir ci-dessus). Artiste complet, à la fois peintre, architecte et décorateur, il a participé au renouveau de l’art russe au début du XXe siècle. Vivant déjà en France au moment de la révolution de 1917, il n’est jamais retourné dans son pays. L’église parisenne de Saint-Serge, dans le 19e arrondissement, est un manifeste de son travail : entre 1925 et 1927, il a réalisé le décor complet de ce lieu de culte orthodoxe, de l’iconostase aux peintures murales. Les souvenirs des tsars seront représentés par une montre de gousset – à l’aigle bicéphale fabriquée par Paul Bhuré – offerte par Nicolas II en 1901 (3 500/4 500 €) et par une rarissime lettre de la tsarevna Natalia Alekseïevna adressée, en 1712, au comte Feodor Romadanovsky, proche conseiller de son frère Pierre Le Grand (1 500/2 000 €). La signature de Paul Ier valide quant à elle trois des six actes diplomatiques instituant le Grand Prieuré de Russie pour l’ordre de Malte en 1797. Alors que l’influence de Bonaparte grandit, il s’agit pour le tsar de montrer son soutien à la noblesse catholique européenne et à la population des territoires polonais passés sous domination russe deux ans plus tôt, suite à la partition du pays, où se trouvait le dernier prieuré de l’ordre en dehors de l’île. Dans la même estimation, 20 000 à 30 000 €, l’œuvre d’Alexandre Pouchkine sera célébrée par le sixième chapitre d’Eugène Onéguine, l’un des 1 200 exemplaires édités en 1828 et aujourd’hui quasiment introuvables.

Agenda

Deux journées verront la dispersion de plus de 300 lots d’art russe, en commençant par quelque 170 livres et documents historiques le samedi 13. Moyennant environ 25 000 €, le sixième chapitre d’Eugène Onéguine écrit par Pouchkine – publié à 1 200 exemplaires aujourd’hui rarissimes – se mesurera à un corpus diplomatique de six actes instituant le Grand Prieuré de Russie pour l’ordre de Malte. Trois d’entre eux ont été signés par Paul Ier. Datant de 1913, un album de quarante photographies annotées par Émile Gautier-Dufaillé dévoileront Moscou avant la révolution, du palais d’Ostankino au quartier Mariina Rostcha, et de l’hippodrome aux cathédrales, le tout animé de scènes de la vie populaire (2 200/3 500 €). L’évocation de la ville se poursuivra aux cimaises le lendemain. Après une quinzaine d’icônes suivront des tableaux, parmi lesquels figure en effet une vue du Kremlin peinte par Dimitri Stelletsky dans la première moitié du XXe siècle (30 000/50 000 €). Un ensemble de dessins d’Anatoly Zverev sera également proposé, dans une fourchette de 1 500 à 2 000 €. La sculpture sera de la partie avec le portrait d’une jeune femme façonné dans le plâtre par Naoum Aronson, et retrouvé en 2010 dans l’atelier du peintre José Pillon, en Bretagne (5 000/8 000 €). Objets d’art et souvenirs fermeront la marche, emmenés par un chachka dont la lame, gravée « Fait par Abdurakhim en 1281 » – 1864 –, est emmanchée dans une poignée en corne et argent ciselé (5 000/6 000 €).

samedi 13 mars 2021 - 02:00 - Live
Versailles - Hôtel des ventes du Château, 13, avenue de Saint-Cloud - 78000
Osenat
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