Chana Orloff pour Jean Paulhan

Le 15 avril 2021, par Caroline Legrand

Le portrait est le thème de prédilection de Chana Orloff, comme en témoigne cette sculpture en ciment provenant de l’ancienne collection de son ami l’écrivain Jean Paulhan. 

Chana Orloff (1888-1968), Maternité, 1924, épreuve ancienne en ciment lissé, 63,5 37,1 31,5 cm.
Estimation : 40 000/50 000 

Les années 1920 voient Chana Orloff devenir l’une des portraitistes les plus recherchées de Paris. Toute l’élite veut son buste sculpté par l’artiste originaire d’Ukraine et arrivée en France en 1910. La sculptrice a su imposer son style, certes dans l’air du temps, alliant tradition académique, plans lisses et formes épurées. Une consécration pour celle qui a débuté comme couturière, en Palestine au sein de sa famille ou, à son arrivée à Paris, pour la maison Paquin. Elle est néanmoins reçue deuxième au concours d’entrée de l’École des arts décoratifs en 1911, et fréquente l’académie de Marie Vassilief. Paris, et en particulier le quartier de Montparnasse, est à cette époque le cadre idéal pour développer ses talents artistiques. Une fabuleuse émulation est née de l’arrivée de nombreux artistes étrangers, parmi lesquels Picasso, Foujita ou Modigliani. Sa première sculpture sera le buste de sa grand-mère, réalisé d’après photo. Avec son mari, le poète Ary Justman, elle est rapidement intégrée dans cet univers d’avant-garde. En 1925, elle fait construire sa résidence-atelier par Auguste Perret, au cœur de la villa Seurat, et bientôt expose jusqu’à New York. Puis vient la guerre, qui met à mal sa carrière et sa vie : en tant que femme juive, elle est constamment en danger. Parmi les personnes qui l’aident alors figurent son fondeur Rudier, qui sauve un grand nombre de ses œuvres, un haut fonctionnaire, qui la prévient de l’imminence de son arrestation, et Jean Paulhan. L’écrivain et critique littéraire, résistant, fut l’un de ses plus fervents admirateurs et collectionneurs. Ce buste est d’ailleurs resté jusqu’à ce jour dans sa descendance. Réalisé en ciment lissé d’après un modèle de 1924, connu le plus souvent dans des éditions en bronze, en terre cuite ou en marbre, il fut certainement l’objet d’un cadeau personnel de Chana Orloff. Paulhan écrivit d’ailleurs à celle-ci : « Chère amie, l’on ne se détache pas si vite de vos statues. Vous ne pouvez imaginer combien leur puissance, mais leur tristesse, est demeurée près de nous »…

Agenda
Le 24 avril rivaliseront des photographies, tableaux et sculptures modernes, avec à leur tête une huile et cire sur toile du peintre surréaliste Victor Brauner, Bataille des mediums de 1960, qui pourrait atteindre les 70 000/90 000 €, et un Bouquet peint en 1954 par Bernard Buffet, à s'offrir à 50 000/60 000 €. Nous retiendrons encore une aquarelle et encre de Chine de Léonard Tsuguharu Foujita, Portrait d'un notable de 1934, démontrant toute la maîtrise du dessin à l'encre du peintre d'origine japonaise (20 000/25 000 €). La sculpture ne sera pas en reste grâce à un bronze monumental d'Antoniucci Volti, Méditerranée, issu d'une commande de la ville de Nice en 1960 pour le Palais de la Méditerranée, lequel ferma en 1978. S'il faudra envisager 80 000/100 000 € pour cette œuvre, 40 000/50 000 € devraient suffire pour une épreuve ancienne en ciment lissé de Chana Orloff, Maternité de 1924, offerte à l'écrivain Jean Paulhan. 
samedi 24 avril 2021 - 14:30 - Live
Cannes - 20, rue Jean-Jaurès - 06400
Cannes Enchères
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