Un Centaure en hommage

Le 16 juillet 2020, par Agathe Albi-Gervy

Ce Centaure de César est l’une des quatre épreuves d’artiste dans cette taille fondues par Bocquel, d’après le monument en hommage à Picasso qui se dresse sur la place Michel-Debré à Paris.

César (1921-1998), Le Centaure – Hommage à Picasso, 1984, bronze soudé à patine brune, signé et numéroté EA 2/4, fondeur Bocquel, 102 51 100 cm.
Estimation : 250 000/350 000 

En 1976, en vue du dixième anniversaire de la mort de Pablo Picasso disparu trois ans plus tôt, le musée éponyme d’Antibes demande à des artistes de concevoir une œuvre en hommage au maître catalan. César exécute les premiers croquis, mais par manque de fonds, la commande n’aboutit pas. Le projet reste à l’arrêt jusqu’à ce qu’en 1983, Jack Lang, alors ministre de la Culture, lance une commande publique de cent sculptures à autant d’artistes, permettant à César de fondre son œuvre finale sur cinq mètres de haut, entre 1983 et 1985, et de l’installer place Michel-Debré dans le 6e arrondissement parisien. Le maître du nouveau réalisme imagine une forme de centaure en réponse au fameux minotaure de Picasso. « Le Centaure est le résultat abouti mais douloureux d’un long processus […]. J’ai voulu aussi à travers ce monument faire passer mes émotions et mes sentiments, mes doutes, mes certitudes et aussi ma solitude alors que j’arrivais à l’automne de ma vie […]. Au total j’ai mis trois ans à faire et à défaire toutes les parties du Centaure. À travers cette sculpture, j’ai cherché à atteindre la perfection comme une sorte d’immortalité. C’est mon œuvre fétiche dont je garde près de mon lit un modèle en bronze comme un fidèle compagnon qui partage les moments les plus intimes de ma vie » : ces propos de César, repris par Pierre Cabanne dans son livre César par César (éditions Denoël, 1971), illustrent l’attachement de l’artiste à une œuvre qui le rapproche de son maître, Picasso : si le visage de la bête hybride est bien celui de César, il est surmonté d’un masque empruntant les traits de Picasso. Sur sa main gauche, une colombe de la Paix fait un clin d’œil au dessin emblématique de son aîné et ami. Rejetant l’abstraction, César
élabore un langage complexe qui magnifie la création, la pratique, le maniement du matériau avec inventivité. Le Centaure occupe une place si particulière dans l’œuvre de son auteur qu’une réplique orne la tombe de celui-ci au cimetière Montparnasse.

mardi 21 juillet 2020 - 18:00
Monte-Carlo - Café de Paris, place du Casino - 98000
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