Les lignes de Klimt

Le 29 avril 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Deux dessins de Gustav Klimt, artiste majeur de la Sécession viennoise, permettent d’entrevoir l’envers du décor d’un artiste prolifique.

Gustav Klimt (1862-1918), Portrait en buste d’une femme, profil gauche au recto, étude de deux mains serrant la tête d’un enfant au verso, dessin au charbon de bois, 1897-1898, 44,4 31,7 cm.
Estimation : 35 000/70 000 

Les études et autres croquis de sa main parvenus jusqu’à nous laissent entrevoir un Klimt intime. Réunis sur une seule et même feuille, un portrait en buste et une étude de mains, nous font basculer de l’autre côté de la création. On imagine aisément un peintre en quête d’inspiration, las ou exalté, à la recherche du développement parfait pour un portrait, ou simplement s’exerçant face à son modèle. Qu’importe la genèse, l’étude n’a pas laissé indifférent puisqu’elle fut exposée à la Satani Gallery à Tokyo en 1979 et fit partie de plusieurs collections privées au Japon, en Angleterre, aux États-Unis et enfin, en Autriche. Le portrait prit la direction du pays du Soleil-Levant directement après avoir quitté l’atelier de l’artiste, fait intéressant quand on sait que celui-ci avait également été touché par la fièvre japonisante. Au moment où il exécute ces croquis, Gustav Klimt est déjà en rupture avec l’académisme : les années 1897-1898 sont précisément celles le voyant créer le groupe des sécessionnistes (3 avril 1897) et cofonder la revue Printemps sacré (Ver sacrum, janvier 1898), en réponse au mouvement art nouveau en France. Ce sont aussi les années d’exécution de ses premiers paysages, alors qu’il passe ses étés au bord de l’Attersee. Mais le portrait féminin n’a visiblement pas fini de le hanter. N’oublions pas que c’est en 1898 qu’il signe aussi la célèbre Pallas Athéna du musée de Vienne, véritable manifeste de la Sécession viennoise. Notre étude témoigne encore d’un souci de justesse dans le dessin : le visage apparaît en quelques traits de charbon, rehaussés de légères estompes. Mais elle vient aussi rappeler que Klimt s’était largement emparé des grands sujets féminins et avait même osé des nus audacieux. Les plongées dans le subconscient menées alors par Freud à Vienne n’y sont peut-être pas étrangères. Un deuxième dessin au catalogue, Nu penché en avant, de dos (voir photo ci-contre), témoigne d’ailleurs de l’entrelacement du décoratif et de l’érotique chez Klimt, loin du nu académique, avec des dessins très enlevés, bien qu’à l’économie.
 

Gustav Klimt (1862-1918), Nu penché en avant, de dos, dessin au crayon, 1907-1908, 56,5 x 37 cm. Estimation : 35 000/70 000 €
Gustav Klimt (1862-1918), Nu penché en avant, de dos, dessin au crayon, 1907-1908, 56,5 37 cm.
Estimation : 35 000/70 000 
Agenda
Vente de peintures et dessins avec une large sélection d'artistes autrichiens, dont Klimt, présent avec deux esquisses (35 000/70 000 € chacune). Le rendez-vous est l'occasion de découvrir des peintres reconnus mais parfois un peu oubliés comme Rudolf Wacker (50 000/100 000€) ou encore Werner Berg (70 000/140 000 €). Les Français sont aussi de la partie : un lot de seize lithographies d'Honoré Daumier, estimé entre 2 500 et 5 000 €, et une aquarelle de Toulouse-Lautrec entre 50 000 et 100 000 €. De nombreuses petites toiles de peintres régionaux sont à acquérir autour de 1 000 €.
mardi 04 mai 2021 - 14:00
Vienne - Palais Kinsky, Freyung 4 - A-1010
Im Kinsky
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