Jean Royère, original par nature

Le 25 février 2021, par Claire Papon

Pas une de ses créations ne ressemblait à une autre… Un exploit quand on sait que Jean Royère fut à l’origine d’une abondante production, tous genres confondus, dont ce luminaire Liane.

Jean Royère (1902-1981), lampadaire d’applique, modèle Liane à cinq lumières, vers 1960, en métal à patine dorée, 231 178 14 cm.
Estimation : 100 000/150 000 

On ne sait quels furent, vers 1960, les souhaits ou les exigences de la commanditaire de ce luminaire, conservé en région parisienne par sa famille. L’ondulation des lianes ? La couleur de la patine ? Le modèle est emblématique du créateur, plus rare dans cette patine dorée, plus fréquents étant les noirs. C’est à 29 ans que Jean Royère, fils de haut fonctionnaire, ayant suivi des études de droit à Paris puis à Cambridge, cède à sa vocation de décorateur jusque-là bien cachée. À ses luminaires en métal s’ajoutent, à partir des années 1930, du mobilier, aux formes simples et fonctionnelles et aux matériaux économiques pour une production en série (cités, écoles), ou aux matériaux rares et précieux pour de riches clients (Boutros-Ghali, Henri Salvador) et des commandes officielles (expositions universelles, ambassades au Moyen-Orient). Il est rapidement consacré comme l’un des décorateurs les plus créatifs de son époque et fait figure de pionnier avec des pièces aux couleurs souvent inattendues, des motifs de croisillons, chevrons, boules, des formes organiques et végétales – fauteuils Éléphanteau et Œuf, table Trèfle, lampadaire Champignon, canapé Ours polaire… – que la critique qualifie de «baroque forain». Autant de productions pleines d’humour, élégantes et sophistiquées sous une apparente simplicité. Tel ce luminaire Liane, imaginé au début des années 1950, qui, à l’image d’une plante grimpante, outrepasse sa fonction.

Les mondes d’Yves Tanguy

Le 25 février 2021, par Claire Papon

La place sur la plus haute marche du podium ne devrait pas échapper à ce tableau de 1950, cadeau du peintre à ses amis Marie-Louise et Jehan Mayoux et conservé dans la famille de ces derniers.

Yves Tanguy (1900-1955), Elle viendra, 1950, huile sur toile, 46 35,5 cm.
Estimation : 250 000/350 000 

Le 9 novembre 2018, la (même) maison de ventes adjugeait à 310 000 € – au double de son estimation – un autre tableau de l’artiste, La Couche sensible. Il avait été lui aussi offert par l’artiste à Marie-Louise, l’épouse du poète Jehan Mayoux (1904-1975). L’amitié entre Tanguy et le couple débute en 1933. Cette année-là, Jehan a pris contact avec André Breton et Paul Éluard, il signera les principaux manifestes du groupe surréaliste. Deux ans plus tard, Tanguy passe ses vacances d’été dans la maison de Corrèze des deux époux. Déclaré inapte pour la mobilisation en 1940, il part à New York, officiellement pour exposer à la galerie Pierre Matisse, officieusement pour rejoindre la peintre Kay Sage, qu’il a rencontrée à Paris, avec laquelle il se marie. Ils s’installent dans le Connecticut. Malgré l’éloignement – Marie-Louise, institutrice est mutée en Algérie, Jehan incarcéré en France puis en Allemagne – les liens restent indéfectibles, Tanguy se proposant d’aider financièrement ses amis et d’accueillir Gilles, leur fils. Ils se retrouveront plus tard, lors des voyages de l’artiste en France. «Ici, aux États-Unis, le seul changement que je puisse déceler dans mon œuvre concerne vraisemblablement ma palette», écrit-il. Rien ne prédestinait ce fils de militaire, d’origine bretonne, à devenir peintre. Sensibilisé par le fils d’Henri Matisse, Pierre, qu’il côtoie au lycée, puis par Jacques Prévert, rencontré au service militaire, il doit à Giorgio de Chirico, ou plutôt à son tableau  Le Cerveau de l’enfant, son destin d’artiste. Aux œuvres figuratives succèdent très rapidement des compositions peuplées de formes – les «êtres objets» selon Breton – dans des paysages n’offrant pas de lignes d’horizon, où espaces terrestre et aérien se confondent. Aux États-Unis, ses couleurs s’intensifient, ces «êtres objets» auxquels l’artiste donne différents aspects prennent le pas sur l’espace, envahissent le premier plan, gagnent en complexité, se hissent vers le ciel. À l’image de ces sommets pointus perforant les nuages …

Agenda
La plus belle bataille d'enchères devrait accueillir une toile de 1950 d'Yves Tanguy, Elle viendra. Conservée dans la famille des amis du peintre qui leur en avait fait cadeau – Marie-Louise et Jehan Mayoux –, elle est annoncée entre 250 000 et 350 000 €. Cette œuvre ne devrait pas être la seule à susciter la convoitise : ainsi un paysage de la Creuse par Armand Guillaumin, Le Moulin de la Folie sur la Sédelle, 1923, est estimé 20 000/25 000 €, un Vase de fleurs sur un entablement – toile signée Marie Laurencin – nécessitera 20 000/30 000 €, un Portrait d'Adolphe Basler (auteur, collectionneur, historien, critique et galeriste appartenant au milieu artistique de Montparnasse du début du XXe siècle) par Léopold Gottlieb, 25 000/35 000 €. Enfin, c'est autour de 4 000/6 000 € qu'il faudra s'engager pour s'offrir une grande Étude préparatoire pour un projet de décor de l'escalier d'honneur de la mairie de Quimper (vers 1922) de Lucien Simon. Plus proche de nous dans le temps, on a retenu un bas-relief en céramique de Fernand Léger et Roland Brice (conservé dans la famille de celui-ci), La Grande Flamme jaune, 1953, unique dans cette palette (noire, vert, jaune et rouge) (20 000/30 000 €), une Composition de Jacques Germain de 1964 (7 000/10 000 €) et un Tyrex, 2016 en aluminium et résine noire, signé Philippe Pasqua pour lequel il faudra prévoir pas moins de 100 000/150 000 €. Au chapitre design, un tabouret modèle "SN3" (dit aussi "T") créé vers 1928 par Pierre Chareau, en noyer et fer battu, et un lampadaire d'applique, modèle "Liane" de Jean Royère, sont à retenir. Comptez 10 000/12 000 € du premier, 100 000/150 000 € du second. La conclusion revient à une rare Tête de femme (vers 1940) en terre cuite de Vu Cao Dam, montée sur son socle d'origine, dont 10 000/15 000 € sont demandés.
vendredi 05 mars 2021 - 02:00 - Live
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