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Pierre Bonnard, arrêt sur image

Le 10 novembre 2021, par Sophie Reyssat

Les perceptions traversent le temps avec ce magicien des couleurs et des compositions, d’une modernité tout en subtilité.

Pierre Bonnard, arrêt sur image
Pierre Bonnard (1867-1947), La Charmille, 1901, huile sur carton marouflée sur panneau, 27,8 36,2 cm.
Estimation : 80 000/120 000 Adjugé : 149 050 €


Alors que le musée de Grenoble présente l’exposition «Bonnard, les couleurs de la lumière», en partenariat avec le musée d’Orsay, jusqu’au 30 janvier 2022, ce tableau de l’artiste sera l’une des vedettes de cette dispersion consacrée à l’art impressionniste et moderne. Sur la droite de la composition, on devine à peine l’allée du jardin, La Charmille envahissant tout l’espace. Bonnard délaisse les contrastes de couleurs pour déployer des tons analogues créant les formes et traduisant la lumière. Ainsi, des silhouettes vêtues de blanc se devinent-elles à peine derrière l’écran végétal, composé d’une harmonie de verts et de jaunes. «Le principal sujet, c’est la surface qui a sa couleur, ses lois, par-dessus les objets», affirmait le peintre. Partant de l’observation d’une scène familière – l’un de ses thèmes de prédilection –, il s’en affranchit en lui donnant une dimension intemporelle. Ses premières perceptions, dont les dessins gardent la trace, sont enrichies par le travail de la mémoire et l’intervention d’une part de rêve, au moment de l’élaboration du tableau. Ne peignant jamais sur le motif, il recompose ses sujets, la couleur venant avec le raisonnement. Souvent qualifié de «peintre du bonheur», Bonnard est bien plus que cela : plutôt que de représenter un moment de vie, il cherche à «rendre la peinture vivante». La suppression des plans qui se confondent oblige le spectateur à reconsidérer son point de vue, et à modifier lui-même sa perception pour s’interroger sur le propos du tableau. Son apparente simplicité cache une sophistication chromatique qui fait naître le motif tout en dissolvant le sujet. Les compositions de Bonnard invitent subtilement le regard à se perdre pour mieux s’y retrouver. Dans un agenda de 1936, il écrivait : «L’œuvre d’art, un arrêt du temps.»

Agenda

Cinquante-trois peintres impressionnistes et modernes sont au rendez-vous. Alors que Frits Thaulow annonce l'hiver avec un Jardin sous la neige peint vers 1886, qu'une chaise vide pare d'une poésie mélancolique (12 000/18 000 €), les beaux jours s'éterniseront sous La Charmille exécutée en 1901 par Pierre Bonnard (80 000/120 000 €), et se concentreront dans un Bouquet de fleurs dans un pichet, immortalisé par Charles Camoin en 1941 (10 000/15 000 €). Pendant que les fillettes d'Eugène-Laurent Vail flâneront au bord de l'eau (3 000/5 000 €), Paul-César Helleu fera voile vers le large avec son Voilier blanc en régate (autour de 100 000 €). Quelques dessins sont au rendez-vous, comme une tête de jeune homme tracée au crayon par Amedeo Modigliani en 1916 (12 500 € environ), ainsi que quelques sculptures.

mardi 16 novembre 2021 - 16:00 - Live
Hôtel des ventes, 164 bis, avenue Charles-de-Gaulle - 92200 Neuilly-sur-Seine
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