Marie Bernières-Henraux redécouverte

Le 21 novembre 2019, par Sophie Reyssat

À l’orée du XXe siècle, Marie Bernières-Henraux sculpte la tradition avec modernité.

Marie Bernières-Henraux (1876-1964), L’Enlèvement, 1911, élément central d’un surtout de table en bronze et argent, signé sur la terrasse «Bernières-Henraux», cachet «Cire perdue Valsuani», h. 30, diam. 45 cm.
Estimation : 5 000/8 000 

Marie Bernières-Henraux est aujourd’hui méconnue. Pourtant, ses sculptures exposées aux salons des Tuileries et des Indépendants, entre 1924 et 1931, ont été saluées pour leur sensibilité. Sa découverte du marbre  la famille de son mari possède des carrières à Carrare  est à l’origine de sa vocation. Elle le sculpte et le polit elle-même, nous apprend la revue L’Art décoratif en 1911. À côté de ses effigies, elle se lance dans la réalisation d’objets décoratifs, selon une démarche créatrice qui elle aussi nous est décrite : l’œuvre est conçue après avoir pris la mesure du lieu où elle sera exposée, afin qu’elle s’y intègre en toute harmonie, tant au niveau de son style que de ses proportions. Avec ce centre de surtout de table, seul élément connu parmi une vingtaine de statuettes en argent, elle met la sculpture au service du décor. Si l’objet et son sujet  l’enlèvement amoureux  sont de grands classiques, le traitement qu’en fait cette ancienne élève de Rodin s’écarte de tout académisme. L’expressivité de sa ronde de personnages, dont le mouvement est accentué par l’allongement des physionomies, tient dans l’aisance naturelle des corps et dans l’importance accordée aux bras. Comme une extension de leur personnalité, ils sont souples et doux pour les femmes, tendus et puissants pour la figure masculine, tandis que les doigts de chacun se resserrent dans une étreinte énergique. La spontanéité du modelé nerveux sert la vitalité de ce groupe enlevé.

Agenda

Bien qu’une Porsche ouvre le programme, estampes, dessins et tableaux prendront immédiatement le relais pour évoquer le XXe siècle. Ce thème du jour sera aussi bien illustré par Georges Rouault, avec une œuvre à double face montrant le portrait de L’Aguicheuse et un nu assis (8 000/12 000 €), que La Route d’Argos II peinte à l’acrylique en 1963 par Charles Lapicque (autour de 16 500 €), ou un geste calligraphique tracé par Georges Mathieu en 1970 (55 000 € environ). La sculpture offrira la même variété, entre un spectaculaire Enlèvement en argent de Marie Bernières-Henraux (5 000/8 000 €) et Les Trois Saxophones en cristal d’Arman (10 000/15 000 €). Du vase en verre soufflé à inclusions de paillons de Claude Novaro (250/350 €), à la trilogie de coupes coquillages en céramique de Pol Chambost (400/600 €), les arts du feu feront la transition avec l’ameublement, dont la plupart des pièces se joueront de la géométrie, hormis une paire de tabourets tout en rondeurs, créés par Charlotte Perriand vers 1960 (3 000/5 000 €).

dimanche 24 novembre 2019 - 00:00 - Live
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