Tobias Verhaecht : bien plus qu’un paysage !

Le 08 avril 2021, par Caroline Legrand

Conservé depuis des générations dans la collection de la famille d’Halluin, non loin de Roubaix, ce brillant panorama de Tobias Verhaecht est propice à une promenade enchantée.

Tobias Verhaecht (1561-1631), Vue d’un château surplombant un village, toile, 98 178 cm.
Estimation : 12 000/15 000 

Des villageois dansent, d’autres se disputent, tandis que de l’autre côté de la rivière, où glissent des bateaux à voile, les personnes de haut rang rentrent dans leur château de style Renaissance, du nord de l’Europe. La belle demeure est ceinte d’une muraille et présente un somptueux jardin à l’intrigant labyrinthe. Ce large panorama se termine, en arrière-plan, par un bel horizon s’évaporant des montagnes… Paysage, scène de genre ou marine ? Tobias Verhaecht démontre dans cette peinture se déployant sur 178 cm toute la panoplie de son talent. Il faut dire que le peintre anversois s’est ouvert de nouveaux horizons lors de son voyage en Italie, à Florence et à Rome, dans les années 1580, durant lesquelles il exécutait des fresques, de grandes dimensions déjà. Issu d’une famille de peintres et de marchands, il revient aux Pays-Bas pour rejoindre, en 1590-1597, la guilde de Saint-Luc et devenir peintre officiel de l’archiduc Ernest d’Autriche. Il réalise de nombreux paysages, accueillant bien souvent des scènes religieuses, comme le Paysage aux pèlerins d’Emmaüs du musée Magnin de Dijon ou le Saint Jean l’évangélisateur à Patmos, conservé à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. Il aborde aussi volontiers le sujet de la tour de Babel, qu’il représentera à plusieurs reprises et dont un bel exemple est exposé au musée de Mayence. Bien qu’il demeure dans la belle tradition flamande du paysage, son style, raffiné et décoratif, s’inspire de l’art des maniéristes du Nord, en tête desquels Joachim Patinir ou Joos de Momper, ce dernier privilégiant également les grands panoramas de ce type. Tobias Verhaecht fait montre dans ses dessins d’une verve annonciatrice de l’art baroque. Sa célébrité fera de lui un professeur très recherché : il comptera d’ailleurs parmi ses élèves un certain Pierre Paul Rubens.

Agenda
Il y a peu de temps, la météo ne nous donnait qu'une envie : prendre d'assaut les jardins. Cette vente du 17 avril nous permettra d'en améliorer l'agrément avec des sculptures telles qu'une paire de sphinges de la fin du XVIIIe siècle en fonte de plomb anciennement dorée, à décor du buste de Marie-Antoinette ou de Madame du Barry drapée (10 000/12 000 €), ou que de Putti au poisson, une statue de bassin ou de fontaine en marbre blanc de style Louis XV figurant deux amours sur un tertre végétalisé de roseaux et coquille (7 000/8 000 €). Si l'on préfère le moderne, on choisira la fontaine art nouveau en marbre blanc à décor d'oiseaux dans des roseaux (8 000/9 000 €). Haute de 286 cm, une colonne du XVe siècle mais à fût d'époque romaine, portant les armoiries d'une famille de la ville de Novara (Piémont), pourrait atteindre les 20 000/25 000 €. La peinture ancienne parfera cette offre avec deux huiles sur toile de l'école italienne du XVIIIe siècle, représentant respectivement des Scènes de la vie impériale chinoise (15 000/20 000 €) et la Vue d'un château surplombant un village de Tobias Verhaecht (12 000/15 000 €. Voir Gazette n° 14, page 95). 
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