Carl Haag : le goût du voyage

Le 18 février 2021, par Claire Papon

Fleuron d’une vente d’arts d’Orient et de l’Islam, ce portrait révèle tout le talent de Carl Haag, aquarelliste allemand ayant fait carrière en Angleterre.

Carl Haag (1820-1915), Portrait d’Ali Ben Nasr Mansour, 1858, aquarelle, 34,5 24,5 cm.
Estimation : 10 000/15 000 

On ignore tout ou presque du modèle, si ce n’est qu’il est le fils de Nasr Mansour, cheikh d’une tribu bédouine du Sinaï. Tout aussi difficile est de déterminer son âge : adolescent ou jeune homme ? Un détail de peu d’importance au final, tant on est frappé par l’intensité du regard, la qualité des étoffes, la délicatesse du rendu de la carnation. La barbe est presque plus vraie que nature, tout comme le couvre-chef patiné par les années et le soleil, et la chemise dont on perçoit le soyeux et la finesse. La palette délicate vient probablement de l’emploi de couleurs pures, l’usage de teintes minérales étant l’une des spécificités de Carl Haag, dans ses portraits comme dans ses paysages ou ses vues de monuments antiques. Conservé de longue date dans la même collection, notre tableau fut exposé dès 1885 dans les galeries londoniennes Goupil, German Athenaeum (association allemande pour l’art et les sciences) et Dudley, en 1899 à la Société royale d’aquarelle dans la capitale britannique. Né en Bavière, formé aux académies de Nuremberg et de Munich, où on lui découvre un talent de miniaturiste – dont ce portrait témoigne –, Haag est rapidement attiré par l’ailleurs. Quittant l’Allemagne à 26 ans, il voyage en Europe. En Angleterre, il se forme à l’aquarelle – technique bien maîtrisée localement – et s’approprie la technique. Son talent lui vaut d’entrer au service de la cour victorienne, peignant pour le duc de Saxe-Cobourg et Gotha et répondant aux commandes de la reine en personne, pour sa résidence écossaise de Balmoral. Des œuvres qui font aujourd’hui partie des collections royales anglaises… En 1857, il décide de se tourner vers l’Orient, et de découvrir l’Égypte et la Méditerranée, avec un premier séjour au Caire en janvier de l’année suivante, suivi de voyages en Grèce et en Turquie. Dans la capitale égyptienne, il partage un atelier dans le quartier copte avec l’artiste anglais Frederick Goodall. Un point de départ idéal pour immortaliser la campagne alentour et le peuple cairote, mais aussi Gizeh, Suez et les bédouins du Sinaï.

Agenda
Un séduisant visage accueille le visiteur : celui d'Ali Ben Nasr Mansour dont Carl Haag fait le portrait, à l'aquarelle, en 1858. Son estimation ? 10 000/15 000 €. On poursuit avec un ensemble de vues de villes marocaines et scènes de rue de la même technique, signées Camille-Paul Josso (1902-1986, 150 à 300 €), quelques certificats de pélerinage, des monnaies d'argent, un cadran solaire en marbre blanc gravé d'Afrique du Nord (probablement Ifriqiyya, daté 1679, 5 000/6 000 €), des pages d'album et des peintures persanes. 400/600 € devraient accueillir des carreaux de faïence de Damas XVIIe et des miniatures indiennes, 150/300 € des bijoux ottomans ou caucasiens, mais il faudra pousser jusqu'à 6 000/8 000 € pour décrocher une décoration ottomane (en or et pierres précieuses) à la tughra du sultan Abdülhamid II, de la fin XIXe. Une paire de têtes de lion (plaques d'argent sur âme de bois et crinières en vermeil) sculptées en ronde bosse, probablement du Rajasthan d'époque XIXe, nécessitera 1 200/1 500 €, quand deux cornes à poudre en ivoire sculpté en forme de gazelle (fin XIXe-début XXe) sont attendues autour de 2 000/3 000 € chacune. Direction le Gujarat du XVIIIe pour deux cabinets en bois incrusté d'os à décor floral, estimés 5 000/6 000 € et 3 000/5 000 €, et l'Iran qâjâr pour un coffret de peseur en bois peint et laqué, creusé de compartiments, daté 1828, annoncé à 1 200/1 500 €.
vendredi 26 février 2021 - 02:00 - Live
Salle 7 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Ader
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