Vietnam, Chine et Japon… l’Asie à Neuilly

Le 18 juin 2020, par Sophie Reyssat

Emmenés par Mai Trung Thu, les peintres vietnamiens sont les têtes d’affiche de cette vente.

Mai Trung Thu (1906-1980), Portrait de famille, encre et couleurs sur soie, 1971, 64,5 48 cm.
Estimation : 150 000/200 000 

Ce spécial Asie s’ouvre sur une sélection d’une vingtaine d’œuvres réalisées par des peintres du XXe siècle, parmi les plus appréciés du marché. Les artistes vietnamiens y figurent à la meilleure place, grâce à leurs peintures sur soie empreintes de sérénité et au charme suranné. Mai Trung Thu est l’un d’eux. Diplômé de l’École des beaux-arts d’Hanoï, installé en France à la fin des années 1930, il exprime son attachement pour sa terre natale à travers ses portraits, abordés ici par quatre œuvres réalisées entre 1959 et 1978. Ce Portrait de famille est le plus attendu. Les trois générations représentées, réunies autour de la figure centrale du grand-père, soulignent le profond respect unissant les générations dans un lien d’affection et de solidarité. Ce sentiment se prolonge dans la vénération des ancêtres, au fondement de la structure sociétale vietnamienne. Le culte qui leur est rendu marque en effet l’appartenance à un même clan, et permet aux vivants de s’inscrire dans la continuité de ceux envers lesquels ils manifestent leur reconnaissance. Ce modèle familial s’est constitué en corrélation avec l’importance de la terre nourricière, dans un pays traditionnellement agricole. Alors qu’une Petite maternité de 1959, proposée autour de 25 000 € (21 14 cm), témoignera encore de la délicatesse des œuvres de Mai Trung Thu, Le Dessin (22 15 cm) rappellera le monde de l’enfance, qui est l’un de ses thèmes de prédilection (18 000/25 000 €). Alix Aymé a elle aussi été séduite par le naturel d’un enfant, qu’elle représente faisant la sieste avec son chat dans deux toiles peintes vers 1935 (mesurant 55 89 cm et estimées 50 000 € chacune). Elle est alors à Hanoï, où elle a été professeure de dessin avant d’enseigner l’art de la laque. Son talent de coloriste et la finesse de sa touche seront également évoqués à travers quatre autres de ses œuvres.
 

Cette coupe libatoire chinoise sur piédouche (7 x 12,7 cm, 15 000/20 000 €) fait partie des quelque 160 objets composant le second volet d
Cette coupe libatoire chinoise sur piédouche (7 12,7 cm, 15 000/20 000 €) fait partie des quelque 160 objets composant le second volet de cette vente d’art asiatique. De forme ovale, elle a été sculptée à la fin de la période Qing (1644-1912) dans un jade blanc légèrement infusé de rouille. La pierre, qui existe dans une gamme de couleurs allant de la parfaite blancheur – dite «gras du mouton» – au vert épinard, en passant par des teintes lavande, nécessite des centaines d’heures de travail par abrasion et polissage. C’est ainsi qu’ont été réalisés, sur cet objet, le décor en léger relief de vagues écumantes et de nuages stylisés, de même que les anses en forme de dragon et d’enfant, tenant un sceptre ruyi en forme de lingzhi.
Au Japon, la mémoire des ancêtres se doit d’être honorée. Les premiers et les derniers moments de la journée sont ainsi traditionnellement
Au Japon, la mémoire des ancêtres se doit d’être honorée. Les premiers et les derniers moments de la journée sont ainsi traditionnellement consacrés au recueillement devant le butsudan, afin de prier pour les défunts. Les portes aux ferrures ciselées de ce sanctuaire domestique en bois laqué noir ro-iro , fabriqué vers 1860 (40 36 22 cm, 1 000/1 500 €), s’ouvrent sur une grotte rehaussée d’or et de polychromie. Placés sous les bons auspices de sept bouddhas Amida auréolés, assis en méditation sur des lotus, en partie haute, de nombreux personnages – parmi lesquels les terribles rois gardiens protecteurs de la loi bouddhique et la paisible déesse Kannon – évoluent sur une paroi rocheuse parcourue d’un cours d’eau.

Né dans une famille de lettrés, Nguyen Nam Son (1890-1973) a reçu une double éducation, vietnamienne et occidentale. Formé à la calligraph
Né dans une famille de lettrés, Nguyen Nam Son (1890-1973) a reçu une double éducation, vietnamienne et occidentale. Formé à la calligraphie et à la peinture sur soie, il se rend à Paris et y étudie aux Beaux-Arts avant de revenir à Hanoï, où il participe à la création de l’École des beaux-arts d'Indochine avec son professeur et ami Victor Tardieu, en 1924. Il lui a offert cette estampe xylogravée sur papier de 1927, Aigrettes et poissons rouges (76 49 cm, 15 000/20 000 €), mêlant habilement les techniques traditionnelles de l’estampe, la symbolique vietnamienne des oiseaux – incarnant la fidélité et la longévité –, et l’influence de l’art déco, perceptible notamment à travers les feuillages stylisés.
Le Vietnamien Nguyen Van Thinh (né en 1906) signe cette délicate peinture à l'encre de Chine et couleurs sur soie (84,5 x 67 cm, 80 000/12
Le Vietnamien Nguyen Van Thinh (né en 1906) signe cette délicate peinture à l'encre de Chine et couleurs sur soie (84,5 67 cm, 80 000/120 000 €), réalisée vers 1933. Les tons sourds qu’il a choisis accentuent l’atmosphère intimiste de la scène, que le spectateur découvre comme s’il regardait par une fenêtre : le monde extérieur n’existe plus pour ces jeunes femmes, absorbées par le son de l’instrument qui les enveloppe d’une aura paisible. Cette œuvre est à rapprocher d’autres sujets féminins au regard intériorisé, représentés dans leurs activités quotidiennes, portant une lourde jarre d’eau ou des paniers se balançant en équilibre de chaque côté de leurs épaules. La palette grisée aux tonalités réduites leur confère une grande poésie.
lundi 22 juin 2020 - 15:00 - Live
Neuilly-sur-Seine - Hôtel des ventes, 164 bis, avenue Charles-de-Gaulle - 92200
Aguttes
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