Une gourde impériale d'époque Qianlong

Le 26 février 2020, par Caroline Legrand

Conservée depuis plusieurs générations au sein d’une famille charentaise ayant fait fortune dans l’industrie du papier, cette gourde s’imposera par sa taille et son décor… impérial.

Chine, époque Qianlong (1736-1795). Gourde dite «bianhu» en porcelaine blanche émaillée en bleu sous couverte, marque en bleu sous couverte de Qianlong à six caractères en zhuanshu, h. 50,3 cm.
Estimation : 1/2 M€

Du haut de ses cinquante centimètres, cette gourde en porcelaine bleu-blanc ne manque pas d’attirer le regard. Le type de production porcelainière était réservé à l’usage personnel de l’empereur, et bien souvent réalisé par paire. D’ailleurs, une gourde de même taille et présentant le même décor au dragon de face, mais en miroir, a obtenu aux enchères il y a treize années, le 7 novembre 2007 chez Sotheby’s Londres, quelque 2,82 M£ (4,04 M€). Il pourrait bien s’agir du «pendant» de celle de Bourges… ce qui laisse espérer une belle bataille d’enchères entre plusieurs collectionneurs, et pourquoi pas de la part du propriétaire de la pièce vendue en 2007 qui pourrait ainsi – défi rarement accompli – recomposer la paire ! Le style pictural réaliste de cette pièce s’est diffusé largement en Chine au XVIIIe  siècle, sous l’influence des gravures européennes, mais aussi en fusion avec l’ancien style tridimensionnel des Ming ; jouant de délicats dégradés du bleu, le décor naturaliste offre d’impressionnants effets de relief. Ainsi les vagues tourbillonnent-elles sans fin autour du pied, tandis que le majestueux dragon, que l’on retrouve sur chacune des faces, paraît prêt à bondir sur la perle. Cet incontournable symbole impérial (voir l'article Quand le dragon est une perle En couverture de la Gazette n° 5, page 6) fait écho à la marque en bleu de Qianlong, inscrite sous le pied. Empereur de 1735 à 1796, homme d’une grande culture, amoureux des arts, lui-même poète, peintre et calligraphe, Qianlong s’emploie, comme ses ancêtres mandchous depuis 1644, à mettre à l’honneur les arts chinois – afin aussi d’inscrire son règne dans la pure tradition impériale. Il donna ainsi un second souffle aux arts du feu, et tout particulièrement aux célèbres pièces en porcelaine à décor blanc-bleu appelées «qinghua». Ces dernières sont apparues à l’époque Yuan (1268-1379), quand le bleu de cobalt était importé par la route maritime du golfe Persique. La technique complexe – l’oxyde de cobalt est cuit à plus de 1 200 °C, à l’abri de l’air et sous couverte feldspathique – demande une grande minutie pour obtenir une surface lisse, sans bulles. La maîtrise en est remarquable sur cette gourde, le décor en bleu se détachant parfaitement sur le fond blanc. L’origine de celui-ci est moyen-orientale, tout comme d’ailleurs sa forme de gourde lunaire bianhu signifiant «vase lune» –, qui s’inspire des modèles en métal ou cuir d’Égypte, de Syrie ou d’Iran, servant à contenir l’eau durant les longs voyages de pèlerinage, et introduits au VIIe siècle en Chine. Apparue au début du XVe siècle dans la porcelaine chinoise, la gourde lunaire en est une version sinisée, dont la forme ronde symbolise l’astre. Si ces gourdes bleu-blanc étaient sous les Ming en grande partie destinées au Moyen-Orient, sous les Qing, les empereurs se réservèrent ces pièces d’exception, alors déclinées dans des tailles tout à fait spectaculaires… aujourd’hui encore !

Agenda
À Bourges vous attend l'événement de la semaine avec la présentation à 11 h d'une exceptionnelle gourde « bianhu » du XVIIIe, portant la marque impériale de Qianlong (1 000 000/2 000 000 € - Voir couverture et page 6 de la Gazette n° 5 du 7 février et Gazette n°8 page 99). Alentour rivaliseront tableaux, meubles et objets d'art classique : l'occasion d'hésiter entre une fontaine monumentale XIXe en fonte de la célèbre fonderie créée par Jean-Pierre Victor André en 1836, celle du Val d'Osne, à décor de conques marines, coquillages et nénuphars, le tout sommé d'un trio d'amours avec joncs libérant six douches à jets d'eau (10 000/12 000 €), ou encore un groupe sculpté en bois polychrome et or d'une école méridionale du XVIe, peut-être espagnole, représentant La Visitation (6 000/8 000 €). Signalons encore pour la peinture une Composition ésotérique figurant un Christ, des portraits en grisaille dans un entourage d'arabesques à la manière orientale, de l'artiste du XIXe Victor Simon (7 000/8 000 €), et un Paysage animé à la cascade et au moulin d'Alexandre François Loisel, daté de 1827 (1 500/2 000 €).  
samedi 07 mars 2020 - 09:30
Bourges - 11, rue Fulton - 18000
Michel Darmancier et Olivier Clair
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne