Vu par Bernard Buffet, le spectacle est terminé

Le 06 novembre 2019, par Caroline Legrand

Les clowns tristes demeurent l’un des thèmes fétiches de Bernard Buffet mais aussi l’un des plus prisés des collectionneurs. Une vision à la fois humaniste et désespérée.

Bernard Buffet (1928-1999), Tête de clown, 1989, huile sur toile, 100 73 cm.
Estimation : 180 000/250 000 

Son visage émacié maquillé de blanc se détache du fond sombre de la toile ; à son costume jaune rayé répond sa coiffure improbable en ailettes rousses. Le regard semble vide, d’un bleu profond, et la bouche est close. Le clown a fini de rire. Bernard Buffet apprécie particulièrement le monde du spectacle, que ce soit la corrida, le cirque ou le théâtre japonais. Mais le peintre nous fait voir l’envers du décor, la véritable personnalité des acteurs, qui ne sont, finalement, que des hommes. Sous le maquillage se trouve un être désabusé, qui camoufle sa tristesse sous son costume... le temps d’une représentation. Une fois le rideau tombé, l’amuseur redevient un être humain, comme nous tous. Au fond, cette vision n’est-elle pas réconfortante pour tous ceux qui culpabiliseraient de se sentir mal ? Ceux qui exhibent leur joie ne seraient-ils pas des simulateurs ? Toute l’ambiguïté du travail de Bernard Buffet transparaît dans ses portraits de clowns. Apparu dans son œuvre peinte dès 1956, ce thème succède aux paysages, aux scènes d’intérieur misérabilistes et à la série sur les «Horreurs de la guerre». Conservant toujours le même traitement des figures, étirées à l’extrême et schématisées par des traits noirs, il les décrit en adjoignant pour la première fois la couleur à son œuvre. Le peintre, en 1968, a publié Mon cirque, un important ouvrage entièrement consacré à cet univers. Avec ses belles dimensions (un mètre de hauteur), cette Tête de clown pourrait bien rejoindre les plus belles enchères de l’artiste, à l’image d’une autre Tête de clown, de 1961, de taille similaire, adjugée à 753 000 € le 18 octobre 2018 chez Sotheby’s Paris.

Agenda
Présentée avec un certificat de la galerie Maurice Garnier, la Tête de clown peinte en 1989 par Bernard Buffet s'annoncera samedi 16 au plus haut des estimations (voir Gazette n° 38, page 137). Il faudra envisager pas moins de 180 000/250 000 € pour cette toile, tandis que le bronze de Carlos Mata intitulé Caballo Eunice, numéroté 3/8, pourrait partir à 12 000/15 000 €. De ce programme éclectique, nous mettrons encore en avant une jarre guan octogonale de la période Jiajing (XVIe siècle), en porcelaine blanche émaillée en bleu sous couverte de phénix évoluant parmi des nuages ainsi que de compositions florales surmontées de bagua (6 000/8 000 €), et une cheminée art nouveau couronnée de son miroir en acajou de Louis Majorelle, à décor de branches et de pommes de pin (même estimation). Bijoux et montres prendront place le samedi suivant avec 155 lots, estimés de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Les grandes maisons de joaillerie s'y imposeront en particulier, avec un ras-de-cou Bulgari en or à maillons plaquettes articulés, centré d'une émeraude rectangulaire à pans coupés de belle couleur en serti clos, épaulée de deux lignes de diamants brillantés (40 000/50 000 €), et une rare paire de pendants d'oreilles en or de chez Cartier, ceux-ci en forme d'anneau piriforme ponctué de diamants brillantés et orné d'une pampille ajourée en corail en forme de goutte, datée vers 1960-1970 (60 000/80 000 €). Signalons encore une bague en or gris donnant à admirer un cabochon de saphir en serti clos de 13 ct, entouré de diamants carrés (35 000/40 000 €), et une montre Submariner signée Rolex, en acier et à boucle déployante (8 000/10 000 €).
samedi 16 novembre 2019 - 14:00
Nice - 50, rue Gioffredo - 06000
Hôtel des Ventes Nice Riviéra
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