Quand Poliakoff voit rouge

Le 11 février 2021, par Caroline Legrand

En pleine maturité, le peintre exprime pleinement ses talents, et se joue des nuances de rouge et de la matière dans cette composition de 1960.

Serge Poliakoff (1900-1969), Composition abstraite en rouge, 1960, gouache sur papier, signée, 62,5 47,8 cm.
Estimation : 50 000/70 000 

Après l’éclosion des années 1950, la décennie suivante sera celle de la maturité et de la consécration pour Serge Poliakoff. Le rouge domine alors ses compositions. Tout en nuances et en effets de matière, sans perspective ni symétrie… L’artiste axe son travail sur les capacités spécifiques de la couleur et des valeurs, sans chercher à créer un espace illusionniste, mais plutôt une imbrication de formes-couleurs ; la matière vibre grâce à l’apposition de couches successives, afin de transmettre sa vision de l’espace et son univers intérieur. Une orientation que le peintre d’origine russe, arrivé à Paris en 1923, a expérimenté de longues années. Il se tourne vers la peinture en 1929 seulement, étudiant tout d’abord à la Grande Chaumière. Suite à sa rencontre en 1935, dans un cabaret russe où il joue de la balalaïka, avec sa future épouse, Marcelle Perreur-Loyd, une descendante de sir Thomas More, il part s’installer à Londres, où il entre à la Slade School et à la Grosvenor School of Art. Des années majeures de formation, où il découvre les toiles de Turner, les premiers tableaux abstraits au Chelsea Polytechnic ainsi que les secrets de fabrication de la couleur. Profitant de l’absence d’un gardien au British Museum, il gratte avec son canif la peinture d’un sarcophage égyptien. Il décèle alors que les couches successives révèlent un éclat, une intensité des couleurs dont l’effet de transparence donne vie à la matière. Une révélation qui le marquera. De retour à Paris en 1937, le peintre poursuit son évolution grâce à des rencontres, notamment avec le couple Delaunay mais aussi avec le maître de l’abstraction Vassily Kandinsky, qui l’engage à persévérer dans sa recherche picturale, et révèle alors au monde : « Pour l’avenir, je mise sur Poliakoff ». Un pari réussi avec, à partir de 1946, des expositions chez Denise René et à la galerie Bing, puis dans les années cinquante dans le monde entier, notamment en Grande-Bretagne grâce à la découvreuse de Francis Bacon, Erica Brausen. Celui qui jusqu’en 1954 jouait de la guitare pour survivre, a pu jouir d’une reconnaissance méritée durant les quinze dernières années de sa vie.

Agenda
Dernier acte de cette trilogie cannoise le dimanche 14 février consacré à l'art contemporain. L'art abstrait sera très présent avec aussi bien Hans Hartung et une technique mixte de 1972, Composition, annoncée à 50 000/60 000 €, que l'artiste atypique Jean-Michel Atlan, rattaché à l’école de Paris et au mouvement CoBrA. Dans sa peinture au style expressionniste, ce dernier flirtera toujours avec la figuration. Ses compositions à la matière épaisse font surgir des figures totémiques aux larges cernes noirs, telles des divinités primordiales sorties de l’imaginaire collectif, comme en témoignera Composition de 1958-1959, une détrempe et pastel, prisée 15 000/20 000 €. Serge Poliakoff livrera quant à lui, contre 50 000/70 000 €, une gouache sur papier, Composition abstraite en rouge de 1960. Retour à la figuration avec Robert Combas et sa Demoiselle la damoison de 2011, estimée 80 000/100 000 €, mais aussi le street artiste Gully dont Children Meet Haring, Van Gogh, St Phalle, Warhol de 2021 pourrait atteindre 15 000/20 000 €. 
dimanche 14 février 2021 - 14:00 - Live
Cannes - 20, rue Jean-Jaurès - 06400
Cannes Enchères
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