Dans l’atelier

Le 19 juin 2019, par Claire Papon et Anne Foster

Dans ces deux tableaux de l’Autrichien Frans Christophe Janneck, les œuvres sont presque aussi nombreuses que les personnages. Leur sujet ?  Deux intérieurs d’artistes du milieu du XVIIIe siècle.

Frans Christophe Janneck (1703-1761), L’Atelier du sculpteur, 41,5 53 cm (ci-dessus) et L’Atelier du peintre, 1748, 40,5 53 cm (en bas de page), deux huile sur cuivre apposé sur panneau.
Estimation : 30 00/50 000 € (la paire)

Ses tableaux passent rarement sous le marteau de ce côté-ci de la Manche et de l’Atlantique, et ce sont le plus souvent des représentations bibliques et mythologiques, des scènes galantes ou animées dans le goût d’Antoine Watteau. Ses quelques intérieurs d’ateliers sont pittoresques, surchargés de figures richement costumées et minutieusement détaillées, parfois placées sur un fond de paysage. Ici, le spectateur se mêle aux visiteurs et l’on peine à distinguer où est le génie des lieux… Car si l’atelier est l’espace de la création des œuvres, il est aussi souvent un salon de discussion et de réunion presque mondain. Né au Moyen Âge, poursuivi à la Renaissance, l’atelier d’artiste perd un peu de son importance sous le règne de Louis XIV, au profit de l’Académie, lieu de rencontre et de reconnaissance entre artistes. Chaque année, ses membres exposent leurs œuvres en public au cours de salons. Mais tout le monde ne peut pas entrer dans cet univers académique, certains sujets d’étude étant jugés trop communs ou trop provocants. C’est dans ces ateliers que l’on commence à forger une autre vision du monde. Le statut de l’artiste se démocratise. Dès les années 1830, fleurissent à Paris ateliers et cités d’artistes, dont la fréquentation est généralement ouverte aux intimes, aux élèves et aux amateurs. On s’y rencontre, on y débat, on y expose en privé avant l’envoi des œuvres aux manifestations de groupe. Autour du maître des lieux, tout un cénacle se retrouve pour admirer, apprendre, échanger. On y croise peintres et sculpteurs, bien sûr, mais aussi poètes et écrivains. L’atelier devient l’environnement idéal… Jusqu’au 30 septembre, au Musée national Eugène-Delacroix, place de Furstenberg, à Paris dernier lieu de création et de vie de l’artiste  l’exposition «Dans l’atelier, la création à l’œuvre» dévoile le processus créateur de l’auteur de La Liberté guidant le peuple.

 

 
Agenda
Parmi les tableaux, les plus belles batailles d'enchères sont attendues sur un panneau de Frans II Francken sur le thème des Sept miséricordes, à rapprocher d'une composition de l'artiste, conservée au musée de Munich, datée 1630 (30 000/40 000 €) et sur deux huiles sur cuivre de l'Autrichien Frans Christophe Janneck, L'Atelier du peintre et L'Atelier du sculpteur (30 000/50 000 €). Côté modernes, on suivra Deux cygnes sur un lac de Lucien Lévy-Dhurmer (3 000/5 000 €), et une Vue d'Alexandrie en Égypte sous la lumière crépusculaire signée Nikanor Grigorievitch Chernetsov (15 000/20 000 €). Un Bosquet de pins, reprise d'atelier de l'huile éponyme d'Ivan Chichkine (1832-1898), datée 1898 et conservée au musée d'État russe à Saint-Pétersbourg, nécessitera 20 000/30 000 €, tandis qu'un panorama du Quai de Bercy, les barges à grue d'Armand Guillaumin requerra 12 000/18 000 €, tout comme une toile d'Henri Le Sidaner, La Propriété en Flandres. Attribuée à Louis Majorelle, une vitrine de présentation en noyer et placage de noyer, à décor marqueté d'hortensias et de clématites, pourrait trouver preneur à hauteur de 3 000/5 000 €.
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