Double portrait de Shah Jahan, empereur moghol

Le 08 juin 2021, par Claire Papon

Cette miniature fait partie d’un ensemble de sept acquises avant 1974. Exécutées entre 1610-1620 et le début du XVIIIe siècle, à l’exception d’une, elles ont pour sujets des membres de la dynastie.

Inde, vers 1659. Attribué à Anup Chattar, Double portrait de Shah Jahan et Aurengzeb Alamgir, page inédite du Late Shah Jahan album, gouache rehaussée d’or sur papier, monté en page d’album avec marges décorées fleuries à l’or, 20,7 14,1 cm (la scène), 36,7 24,2 cm (la feuille).
Estimation : 60 000/80 000 

C’est à l’empereur Akbar (1556-1605) que l’on doit la création d’un atelier en Inde. Séduit par l’imaginaire et le fantastique, il fait illustrer contes et récits légendaires avant que son goût de l’histoire ne réveille sa curiosité pour les hauts personnages. Le caractère précieux et les couleurs chatoyantes révèlent l’empreinte persane cependant que les têtes, représentées de trois quarts suivant la tradition safavide, sont remplacées par des visages de profil, et que les silhouettes prennent du volume. L’une des miniatures de cet ensemble met en scène, dans un jardin luxuriant et sur un tapis foisonnant de détails, le prince Daniyal Mirza, fils préféré d’Akbar et frère de l’empereur Jahangir, assis auprès de sa bien-aimée qui lui offre une coupe de vin, sous un dais, sur la terrasse d’un palais, dont les murs de grès rose font penser au fort d’Agra. Le jeune couple est entouré de servantes, de musiciennes, d’une duègne voilée de blanc, d’un eunuque reconnaissable à sa carnation foncée. Cette peinture (vers 1610-1620) peut être attribuée à Nadim (8 000/12 000 €). L’autre fleuron est un double portrait (voir photo) de Shah Jahan (1592-1666), cinquième empereur moghol, et son troisième fils Aurengzeb Alamgir (1618-1707). Il est issu du Late Shah Jahan Album, dernier grand recueil compilé à la fin du règne de celui-ci. En 1739, après le sac de Delhi, l’album est vraisemblablement rapporté en Perse, certains folios placés dans des marges différentes et intégrés dans plusieurs collections. Passé par la Russie, le recueil arrive en France en 1909, où il est démembré. Seules dix-neuf pages restent complètes dont deux sont ornées de doubles portraits. Ceux-ci se distinguent par leurs marges ornées de deux anges, de trois nobles et d’animaux, ici des aigrettes. Si le face-à-face entre les deux hommes tenant une fleur laisse supposer une passation volontaire de pouvoir, la réalité est tout autre, Aurengzeb tuant ses frères, déposant son père et l’enfermant dans le fort d’Agra, où il mourra. Une propagande dynastique…

Agenda
Débutant avec de l'archéologie, des photos, des livres, des gravures provenant de la collection d'un orientaliste érudit, cette séance se poursuit l'après-midi avec des tableaux des écoles française et étrangères. Caricaturiste politique à ses débuts, Benjamin Roubaud livre ici le portrait de Deux orientalistes à Alger dans un intérieur (8 000/12 000 €), Louis Devedeux celui de La Princesse et ses enfants sous une ombrelle dans un jardin (15 000/20 000 €). Alexandre Roubtzoff pose son chevalet dans Le Souk El-Kachachine (aussi appelé "Souk des femmes", voir Gazette n° 22, page 6), l'Américain Frederick Arthur Bridgman dans le désert égyptien Bateau au bord du Nil, sur sa toile d'origine (8 000/12 000 €). Du plus orientaliste des peintres français, tant l'Algérie fut son unique source d'inspiration, Étienne Dinet, on a retenu une huile sur sa toile d'origine Coucher de soleil sur Laghouat (40 000/50 000 €), à rapprocher des Terrasses de Laghouat conservé au musée des Beaux-Arts d'Alger. Enfin, tandis qu'Émile Deckers choisit pour modèles Trois sages d'Alger au début des années 1960 (10 000/15 000 €), Jacques Majorelle livre un grand et lumineux panorama de Bab-er-Robb dans l'Atlas (huile sur carton à rehauts de poudre métallique) entre vert émeraude et cendre violette (40 000/60 000 €). Sans omettre des miniatures mogholes, des manuscrits enluminés, dont un coran ottoman copié par Omar al-Zuhdi (Turquie, 1847, 15 000/20 000 €), ou encore un coffret de scribe ottoman (vers 1700) en bois incrusté de nacre, écaille de tortue et ivoire (20 000/30 000 €).
lundi 14 juin 2021 - 11:30 - Live
Salle 9 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Millon
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