De Rubens à Monet, itinéraire de la 33e Garden Party

Le 26 mai 2021, par Caroline Legrand

Lors de cette nouvelle édition des ventes au château d’Artigny, le maître impressionniste sera entouré de grands peintres anciens. L’occasion de belles découvertes.

Atelier de Pierre Paul Rubens (1577-1640), Allégorie avec saint Georges et le dragon dans un paysage, toile, 168 248 cm (détail).
Estimation : 60 000/80 000 

L’aboutissement d’un incroyable voyage et le début d’une nouvelle vie : c’est ce que représentera la prochaine vente aux enchères des Rouillac pour la toile de Claude Monet, La Ville de Dieppe (voir l'article Monet, point de vue impressionniste sur Dieppe En couverture de la Gazette n° 19 et page 6). Estimée 1,5/2 M€, témoin des talents de paysagiste de Monet, elle fut choisie en 1940 pour être exposée lors du centenaire du maître à la galerie parisienne André Weil. Passée par les États-Unis, la Suisse et le Japon, elle prendra donc un nouveau départ à Artigny. D’impressionnantes aventures, l’Allégorie avec saint Georges et le dragon dans un paysage de l’atelier de Pierre Paul Rubens (60 000/80 000 €) en a également vécues.

Manufacture de Sèvres, Albert-Ernest Carrier-Belleuse (1824-1887) et Auguste Rodin (1840-1917), Buire de Blois, 1883, aiguière en porcelai
Manufacture de Sèvres, Albert-Ernest Carrier-Belleuse (1824-1887) et Auguste Rodin (1840-1917), Buire de Blois, 1883, aiguière en porcelaine nouvelle, modèle créé par Carrier-Belleuse, les figures sur l’anse et le déversoir par Rodin et Jules Roger, h. 42,5 cm.
Estimation : 12 000/15 000 
Jean-Marc Nattier (1685-1766), Portrait de Marie-Geneviève Gaudart de Laverdine, 1734, toile signée « Nattier Pinxit / 1734 », 81 x 65 cm.
Jean-Marc Nattier (1685-1766), Portrait de Marie-Geneviève Gaudart de Laverdine, 1734, toile signée « Nattier Pinxit / 1734 », 81 65 cm.
Estimation : 100 000/150 000 


Une toile volée par les nazis
La peinture appartient aux trois versions connues de la toile Hommage à l’Angleterre peinte par Rubens suite à son séjour en Angleterre, en 1629-1630, alors chargé par Philippe IV d’Espagne d’œuvrer à la réconciliation entre les deux royaumes. Après avoir représenté une vue de la Tamise et de Londres au loin, l'artiste décide finalement d’agrandir le panorama et d’ajouter des personnages, dont Charles Ier sous les traits de saint Georges ayant terrassé le dragon et ramené la paix. D’Anvers, il envoie au roi la version originale, aujourd’hui conservée à château de Windsor. Plus grande d’une vingtaine de centimètres, la nôtre réapparaît quant à elle en 1843, lors de la vente de la collection Alexandre Aguado, marquis de Las Marismas, mécène et collectionneur mais aussi banquier et propriétaire du château Margaux. On la retrouve ensuite en possession du docteur Germain Sée (1818-1896), médecin de Napoléon III, à qui elle fut offerte. Restée dans la famille de ce dernier, la toile est spoliée par les nazis le 8 mai 1944 et envoyée au château de Kögl, dans le sud de la Moravie, avec d’autres œuvres des collections de Göring et Hitler. Échappant de peu à l’incendie, elle sera sauvée par la section des « Monuments Men », rapportée en France en janvier 1947 et restituée à la famille Sée trois ans plus tard. Mais sa destinée ne s’arrête pas là. Vendue à Drouot en 1951, elle est acquise par une amatrice hongroise, Adèle Reymann, à qui elle est à nouveau volée en 1967. Retrouvée quasi miraculeusement, elle est proposée aux enchères en 1976, à l’hôtel Meurice, et est depuis – et jusqu’à ce jour – restée dans la même famille.

 

André Durand (1807-1867), Voyage en Russie du prince Anatole Demidoff, vers 1839-1848, 93 dessins sur calque marouflé sur papier, 28 x 45,
André Durand (1807-1867), Voyage en Russie du prince Anatole Demidoff, vers 1839-1848, 93 dessins sur calque marouflé sur papier, 28 45,5 cm (à vue, en moyenne).
Estimation : 300 000/500 000 
Rombouts Pauwels, dit Pauli ou Paoli (1625-1690), Vénus caressant l’Amour, groupe en terre cuite signé sur le dessus de la terrasse, 42 x 
Rombouts Pauwels, dit Pauli ou Paoli (1625-1690), Vénus caressant l’Amour, groupe en terre cuite signé sur le dessus de la terrasse, 42 58 cm.
Estimation : 30 000/50 000 



Découvertes et inédits
Autre aventure, celle de La Petite Laitière de François Boucher, considérée désormais comme la version originale de l’artiste (voir Zoom en régions, page 26). Cette belle découverte rejoint celle du Portrait de Marie-Geneviève Gaudart de Laverdine peint en 1734 par Jean-Marc Nattier (100 000/150 000 €). Inédit, conservé dans la famille de l’aristocrate depuis son origine, il témoigne de la grande maîtrise de l’artiste dans le traitement des étoffes et l’interprétation réaliste de ses modèles. D’origine berrichonne, Marie-Geneviève de Guillebon épousa en 1729 Pierre Gaudart de Laverdine, issu d’une grande famille de négociants de Bourges, compagnons de Jacques Cœur, puis trésoriers de France et commissaires des Ponts-et-Chaussées… Vous l’aurez compris, la peinture ancienne marquera de son empreinte cette édition, avec également un Portrait présumé de Pierre Jacquet en 1738 par Pierre-Hubert Subleyras (20 000/30 000 €). D’origine provençale, ce dernier s’installe à Rome en 1727, suite à l’obtention du Grand Prix : il y restera toute sa vie, laissant de nombreux portraits d’ecclésiastiques, tel celui supposé représenter le père minime Pierre Jacquet (1717-1788), mathématicien et linguiste de renom. Mais outre la pièce phare, le chapitre « peinture moderne » peut aussi se targuer d’une toile intimiste de Pierre-Auguste Renoir, Aline et Pierre Renoir dans un jardin, datée vers 1885 ; à rattacher à sa manière dite « aigre », pour ses couleurs acides, et à sa période ingresque pour ses formes dont on devine à nouveau le contour, elle est attendue à 150 000/250 000 €. Après un détour par les Pays-Bas du XVIIe siècle grâce à une terre cuite de l’artiste baroque flamand Rombouts Pauwels, Vénus caressant l’Amour (30 000/50 000 €), notre voyage s’achèvera sur les routes de la Russie impériale, en compagnie du prince Anatole Demidoff (1812-1870). Accrochés lors de l’exposition de 2017 au Centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris, les dessins d’André Durand représentent rien de moins qu’un morceau de l’Histoire. Grande famille russe ayant fait fortune dans l’exploitation de mines et fonderies, les Demidoff ont cultivé un lien particulier avec la France. Nicolas Demidoff y est ambassadeur sous le premier Empire. Son fils Anatole épouse en 1840 la princesse Mathilde Bonaparte ; désireux de faire découvrir son pays aux Français, il finance la réalisation de plusieurs ouvrages. À partir de 1839, il envoie le dessinateur et lithographe André Durand dans un périple de plusieurs années sur tout le territoire russe. Ces quatre-vingt-treize calques marouflés sur papier sont les œuvres préparatoires à la transcription sur pierre lithographique en vue de la publication du Voyage en Russie en 1848… Ce qui impliquera un changement de dédicace en frontispice du prince Demidoff, qui l’avait d’abord dédié à la princesse Bonaparte, dont il divorça en 1847.

Agenda
La première journée de cette 33e Garden Party ouvrira au château d'Artigny avec une petite centaine de lots marqués surtout par de nombreux tableaux, anciens pour la plupart mais comptant aussi quelques modernes (voir Gazette n° 21, page 128). Parmi ces derniers se distinguera un paysage peint en 1882 par Claude Monet, La Ville de Dieppe. Provenant d'une collection particulière japonaise, il est annoncé à 1,5/2 M€ (voir couverture et page 6 de la Gazette n° 19). Parmi les tableaux anciens, on ne manquera pas le Portrait de Marie-Geneviève Gaudart de Laverdine, une œuvre inédite de Jean-Marc Nattier restée dans la descendance du modèle (100 000/150 000 €), non plus que La Petite Laitière de François Boucher, de 1769 (80 000/120 000 €. Voir Gazette n° 21, page 26). La peinture nordique ne sera pas en reste avec notamment L'Alchimiste, de l'Anversois David Teniers le Jeune (60 000/80 000 €), et un Paysage fluvial avec figures du maître hollandais Jan Van Goyen en 1641 (40 000/60 000 €). Signalons enfin pour les meubles une belle suite de quatre sièges, estampillés Georges Jacob, provenant ni plus ni moins que du mobilier du comte d'Artois (20 000/30 000 €). 
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