Bourdelle, un art ciblé

Le 25 juin 2020, par Sophie Reyssat

Avec Héraclès, Bourdelle prend son indépendance artistique sous les auspices de la Grèce.

Émile-Antoine Bourdelle (1861-1929), Petit Héraclès, cinquième étude, 1909, bronze à patine brun nuancé vert, monogrammé «A. B.», fondu entre 1920 et 1929, marqué «E. A.», 78 75 33 cm.
Estimation : 120 000/150 000 


Si les tableaux modernes seront majoritaires lors de cette vente, emmenés par de grands noms comme Bernard Buffet, Louis Valtat, Eugène Boudin ou encore Armand Guillaumin, les bronzes auront une icône pour chef de file : cet Héraclès sculpté par Émile-Antoine Bourdelle. Chacun connaît cette effigie, que d’anciens écoliers ont même découverte sur leurs cahiers avant même de savoir qu’un emblème de papetier pouvait être un chef-d’œuvre de la sculpture. Bourdelle s’est lui-même inspiré de la statuaire grecque archaïque pour illustrer le sixième des travaux du héros, celui de la chasse aux oiseaux mangeurs d’hommes du lac Stymphale. Il a pris pour modèle un athlète bien réel, le commandant Doyen-Parigot, rencontré aux « samedis Rodin ». Son visage apparaît encore sur le bronze de cette cinquième étude, la plus grande de toutes les variantes éditées. Rappelons que l’artiste a travaillé sur des études de 62 cm à partir de 1906, et en a réalisé huit avant l’œuvre finale, fondue trois ans plus tard. L’officier qui prend la pose ne souhaitant pas être reconnu, ses traits disparaissent à partir de la sixième esquisse, au profit d’une stylisation des traits. Celle-ci va de pair avec l’émancipation générale de la sculpture vis-à-vis de son modèle : Bourdelle, qui le fait poser dans une position inconfortable pour rendre au mieux sa musculature, transcende sa plastique au fil de ses esquisses, pour donner une portée universelle à son sujet.
«C’est l’élan qui est la loi suprême», affirmera le sculpteur, dont l’œuvre fait sensation pour l’audace de sa force brute, au Salon de 1910. Au rayon sculpture, chacun pourra également choisir son camp entre l’académisme d’Ernest Meissonier, immortalisant
Le Général Duroc à Castiglione, 1890 (35 000/40 000 €), et l’avant-gardisme de Jean Lambert-Rucki avec l’épreuve en bronze polychrome de son Soleil rouge de 1937 (25 000/30 000 €).

dimanche 28 juin 2020 - 14:00 - Live
Versailles - Hôtel des ventes du Château, 13, avenue de Saint-Cloud - 78000
Osenat
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