Une indéfectible amitié

Le 26 novembre 2020, par Claire Papon

Une paire de chaises de Diego Giacometti et un lampadaire d’Alberto ayant appartenu à Brassaï pourraient créer l’événement.

Diego Giacometti (1902-1985), paire de chaises, modèle Maeght en fer noir et bronze patiné brun à nuance verte, coussin en cuir fauve, vers 1962, 93 35 42 cm.
Estimation : 60 000/80 000 

Les 2 et 3 octobre 2006, 600 photographies, sculptures et dessins étaient mis aux enchères par la maison Millon. Il s’agissait du plus important ensemble de Brassaï jamais proposé sous le marteau, d’autant plus attendu qu’il provenait de sa veuve, décédée en 2005. Deux autres œuvres ayant appartenu au couple et transmises par succession à leurs héritiers connaissent aujourd’hui leur baptême du feu : une paire de chaises, modèle Maeght de Diego Giacometti (voir photo) et un lampadaire en bronze patiné, modèle Tête de femme ou Figure (fonte Susse) d’Alberto (1901-1966). Elles furent offertes par les sculpteurs et conservées par leur ami dans son atelier-appartement rue du Faubourg-Saint-Jacques. Le luminaire, pour lequel 100 000/150 000 € sont demandés, fait naître une silhouette élancée surmontée d’un buste de femme aux traits empreints de douceur. Elle est représentée immobile, contrairement à l’homme généralement en mouvement dans l’œuvre d’Alberto, et démontre le choix d’un retour aux sources anciennes et la fascination du sculpteur pour les civilisations romaines et égyptiennes, comme pour les Primitifs italiens. Objet de prédilection pour Alberto Giacometti, la lampe symbolise le rayonnement qu’un objet peut avoir au-delà de sa fonction initiale. Œuvres d’art autant que pièces utilitaires, les chaises de Diego lui ont été commandées en 1962 par Aimé Maeght pour le café-bar de sa fondation à Saint-Paul-de-Vence. Plusieurs artistes sont mandatés, dont Diego, le «bricoleur», comme il se qualifiait humblement en raison de la destination utilitaire de son œuvre. Il réalisera plusieurs dizaines de chaises, des guéridons, des tabourets, des luminaires, des poignées de portes. Au-delà de leur qualité, ces œuvres racontent l’amitié qui lia à Paris, dès le début des années 1930, trois hommes éloignés de leur terre natale – la Transylvanie pour Brassaï, la ville de Stampa dans les Grisons, au cœur des Alpes, pour les frères Giacometti.

Un air de poésie, et d’Italie

Le 26 novembre 2020, par Claire Papon

Annoncé en mars puis en juin, ce paysage de Camille Corot dispersé dans le cadre d’une succession intéressera autant les amateurs de l’artiste que de provenance.

Camille Corot (1796-1875), Une rivière vue de haut à travers les arbres, huile sur toile, vers 1850-1855, 24 27,5 cm.
Estimation : 40 000/60 000 

Bien que non daté ni même localisé, la lumière et la pureté de l’atmosphère, ainsi que la concision des motifs sont autant d’éléments qui permettent d’avancer que ce tableau de Corot a été réalisé vers 1850-1855, probablement en Ile-de-France, même si l’on sait combien le peintre ne cessa de voyager de la Normandie à la Provence, de la Picardie à l’Auvergne, de la Bretagne au Morvan. Il rappelle par sa mise en place et sa palette nacrée les œuvres réalisées en Italie, où l’artiste séjourne de 1825 à 1828, puis en 1834 et en 1843, et recrée, comme ses contemporains paysagistes venus de toute l’Europe, l’éclat de la lumière, à la faveur de l’harmonieuse ordonnance de la nature. «C’est enfin la peinture spontanée trouvée», disait de lui Jean-François Millet. Reconnu par Baudelaire, admiré par Delacroix, Corot connut la notoriété, lui dont les parents projetaient de le voir embrasser une carrière de négociant… Notre tableau est offert au docteur Blanche, père de la psychiatrie contemporaine, transmis à son fils le portraitiste mondain Jacques-Émile Blanche, acquis par la Lefèvre Gallery de Londres. Il passe ensuite dans la collection de Vivien Leigh, figure mythique du film Autant en emporte le vent, dans le rôle de Scarlett O’Hara. Il était conservé de longue date dans un appartement parisien. «Un homme ne doit embrasser la profession d’artiste qu’après avoir reconnu en lui une vive passion pour la nature», disait Corot. Preuve en est faite avec ce paysage…

Au fil des rencontres

Le 26 novembre 2020, par Claire Papon

Pauhlan, Léger, Salacrou, Carco ou Foujita sont quelques-unes des personnalités réunies dans ce recueil grâce à Françoise Garçon-Lhermitte.

Jean Paulhan (1884-1968), Chinoisilles pour Françoise Garçon, texte faisant partie de l’album amicorum de Françoise Garçon-Lhermitte, in-4° de 84 feuillets sur Arches, reliés en chagrin anthracite, plaque dorée de style romantique.
Estimation : 80 000/120 000 € (l’album)

«Un avocat célèbre [Maurice Garçon, ndrl], membre de l’Académie française, était le père d’une jeune fille charmante. Elle avait un album qu’elle avait fait magnifiquement relier et où elle demandait aux amis de son papa d’inscrire des vers, de la prose ou des figures selon les capacités de chacun…», raconte André Billy. Au côté de celui-ci, André Maurois, Henri de Montherlant, Roland Dorgelès, François Mauriac, Colette ou Jules Romains dialoguent avec les œuvres, peintes ou dessinées de Marie Laurencin, Georges Braque, Marc Chagall, Paul Jouve, Albert Dubout, Jacques Prévert, Marcel Gromaire ou Victor Vasarely. Françoise Garçon-Lhermitte a une vingtaine d’années quand elle se lance dans cette aventure et sollicite les relations – ou les clients – de son illustre père (1889-1967). La jeune fille s’enhardit bientôt et n’hésite pas aller à la rencontre d’artistes qu’elle ne connaît pas mais dont elle a entendu parler. Commencé en 1947, cet ouvrage qui s’achève en 2002 sur les mots de Maurice Druon, s’inscrit dans la tradition de l’album amicorum, né au XVIe siècle et faisant état des relations érudites entre professeurs et élèves au sein des universités européennes. D’abord ouvrage réservé aux cercles masculins, il trouve son audience auprès des jeunes filles à la fin du XIXe siècle et s’enrichit souvent d’aquarelles et de motifs fleuris, abandonnant l’aspect plus scientifique et littéraire qui lui était conféré. Goethe les collectionna quand il était bibliothécaire à Weimar, la BnF en conserve un autre ensemble remarquable. Quel chemin va prendre celui-ci ? Il est cédé par les héritiers de Françoise Garçon-Lhermitte, décédée en 2015, quelques semaines après la publication du premier volume du Journal, 1939-1945 de Maurice Garçon, qu’elle conservait sous la forme de petits cahiers manuscrits. Ce père tenté par la poésie et la peinture avant de prêter serment, et auquel rendent hommage des personnalités de notre album.
 

Kees Van Dongen (1877-1968), Portrait, aquarelle, 25,5 x 19 cm (détail), dédicacé au stylo à bille à Françoise Garçon-Lhermitte. (faisant
Kees Van Dongen (1877-1968), Portrait, aquarelle, 25,5 19 cm (détail), dédicacé au stylo à bille à Françoise Garçon-Lhermitte. (faisant partie de son album)
Agenda
Plus que le nombre d'œuvres inscrites au catalogue, c'est leur rareté qu'il faut mettre en avant. Premier d'une quinzaine de lots, un paysage de Camille Corot exécuté vers 1850-1855, ayant appartenu notamment à l'actrice Vivien Leigh, est espérée autour de 40 000/60 000 €, un coup de marteau entre 400 000 et 500 000 € étant prévu en fin de séance pour un acrylique non titré, exécuté en 2007 par le plasticien allemand Günther Forg (voir Gazette n° 39, page 6). Dans l'intervalle, on surveillera une huile sur sa toile d'origine (vers 1927) de Jean Souverbie, Le Bonheur du marin (60 000/80 000 €), deux échassiers en bronze (fontes d'époque) de Rembrandt Bugatti (vers 1912), Flamant en marche et Jabiru femelle (40 000/60 000 € chacun), des œuvres de Diego et Alberto Giacometti ayant appartenu à Brassaï, une toile de Georges Mathieu, Les Voix amères (vers 1985) pour laquelle il faudra débourser 60 000/80 000 €. Autre moment fort de cette fin d'après-midi, l'album amicorum réalisé par Françoise Lhermitte-Garçon, fille de l'avocat Maurice Garçon et épouse du neurologue François Lhermitte, et où l'on croisera les figures de Georges Braque, Kees Van Dongen, Francis Carco, Jean Paulhan, Christian Bérard, Raoul Dufy, Jules Romains, Marcel Achard, Colette ou André Dignimont. Son estimation ? 80 000/120 000 €.
mercredi 02 décembre 2020 - 05:00 - Live
17, rue Grange Batelière - Paris - 17, rue Grange Batelière - 75009
Millon
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