Lucien Jonas et les plaisirs rabelaisiens

Le 19 novembre 2020, par Claire Papon

Témoin du décor de la maison des Centraux, à Paris, cette suite de toiles illustre aussi la diversité de l’œuvre de ce portraitiste, paysagiste, illustrateur de scènes de la Grande Guerre et de la vie des mineurs de son Nord natal.

Lucien Jonas (1880-1947), suite de dix huiles sur toile composant la frise disparue du restaurant de la maison des Centraux à Paris, formats différents (l'une reproduite).
Estimation : 18 000/20 000 € (l’ensemble)

Redécouvert récemment, cet ensemble dormait tranquillement chez le fils d’un ancien élève de l’École centrale, à Paris. Nul doute qu’il devrait mettre l’eau à la bouche de plus d’un amateur et peut-être même des institutions, le musée Carnavalet conservant certains documents en rapport avec ce défilé de joyeuses victuailles. Certains d’entre eux étaient visibles à son exposition «Lucien Jonas et le décor mural des années 30 à Paris» du 28 mai au 26 octobre 2003. Dix toiles, vendues à l’unité à une exception près,
et estimées entre 1 
000 et 3 000 € rappellent ce chantier débuté en 1921 et achevé en 1922. Un délai record quand on sait que l’artiste eut à réaliser le décor du restaurant et de la salle des fêtes dans la cour de l’hôtel d’Essling. Bâti en 1865, au 8, rue Jean-Goujon, pour la famille Masséna, il est acquis en 1919 par l’association amicale des anciens élèves de l’École centrale, qui souhaite disposer d’un club et d’un restaurant. L’iconographie de sa salle de réception représente les activités qu’elle accueille, sur un mode allégorique, allant des bals aux assemblées générales. Sur un fond bleu ponctué de quelques nuages se détachant des groupes illustrant l’amour, la comédie, la tragédie, la musique, la danse et le chant, exception faite d’Industrie, Science et Commerce, où une épaisse fumée s’échappe des cheminées d’usines. Pour le restaurant, Lucien Jonas met en scène une réjouissante succession de plats évoquant les plaisirs de la table et la convivialité, des personnages pittoresques portant des hors-d’œuvre, des œufs, des poissons, des viandes, des fruits et des petits-fours, des légumes et des fromages, suivis d’une procession légèrement titubante accompagnant des breuvages de fête. Les compositions sont arrachées en 1948-1949 peu de temps après la mort de l’artiste. Quant aux beaux volumes art déco de la salle des fêtes, ils sont détruits lors de la restructuration du bâtiment en 1989.

Philip de Lázló : intrépide Lorna

Le 19 novembre 2020, par Claire Papon

Vous connaissez John Singer Sargent ? Voici Philip Alexius de Lázló, qui fit le portrait d'une belle Écossaise issue de la haute noblesse.

Philip Alexius de Lázló (1869-1937), Portrait de Lorna Marsali Woodroffe Lang, née Forbes-Leith, 1916, huile sur toile, 183 111 cm.
Estimation : 25 000/30 000 

Spectaculaire par ses dimensions, ce tableau l’est aussi par sa mise en page et par l’image de cette belle jeune femme. Dominant le paysage, Lorna Marsali Woodroffe Lang incarne la femme du XXe siècle, saisissant le vent de liberté qui lui permettra de s’émanciper. Née en 1893, au sein de la lignée écossaise des Forbes Leith, elle passe son enfance au château familial de Fyvie, près d’Aberdeen, avant de se porter volontaire comme infirmière dans un hôpital du sud de l’Angleterre quand éclate la Première Guerre mondiale. Un engagement audacieux, bien moins toutefois que sa fuite avec le capitaine Lang, dont elle est tombée amoureuse et qu’elle épouse à Londres en 1916, contre l’avis de sa famille. En 1933, cette mère de deux enfants divorce puis se remarie quelques mois plus tard avec le colonel Prior. Passionnée de chevaux de courses et supportant mal la vie trépidante de Londres, elle se retire dans son domaine de Fishleigh House puis au manoir de Thorpe Mandeville à la mort de son mari. Ce portrait, commandé par la grand-mère du modèle, était conservé par la famille dans le sud de la France. C’est tout naturellement Philip Alexius de Lázló, ami des Forbes Leith et portraitiste mondain réputé, qui fut sollicité. Les tableaux de cet artiste, qui travailla pour la famille royale et l’aristocratie britannique, laissant également les portraits du comte et de la comtesse de Greffulhe, sont rares sur le marché. Celui-ci attise déjà la convoitise du National Trust of Scotland…

vendredi 27 novembre 2020 - 14:00 - Live
5 bis rue du cirque - 5 bis rue du cirque - 75008
Daguerre
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