Les arts premiers en majesté

Le 29 octobre 2020, par Claire Papon

Des États-Unis à la Nouvelle-Zélande, de l’Afrique du Sud au Mali, focus sur des objets de prestige ou de culte.

Sommet de canne anthropomorphe tsonga (nguni), Mozambique ou Afrique du Sud, bois dur à patine blonde, h. 30,3 cm.
Estimation : 200 000/250 000 

Comme souvent les vedettes, il se fera attendre jusqu’en fin de dispersion. Ce sommet de canne anthropomorphe (voir ci-contre) fait partie d’un groupe de trois statuettes attribuées à un même sculpteur du groupe tsonga, au style dépouillé à l’extrême mais déclinant des expressions très variées. La tête sphérique fait écho à un cou, un buste et des jambes parfaitement cylindriques et à des mollets galbés, la coiffure épouse la ligne des oreilles en demi-cercle. Estimé 200 000/250 000 €, cet objet pourrait partager le podium avec une statue d’hermaphrodite soninké kagoro – djennenké (pays dogon, Mali). Exécutée dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, cette représentation d’un homme important – héros de la mythologie, chef de clan ou religieux prenant le statut d’un ancêtre – est reconnaissable par la fluidité de ses lignes, ses trois rangées de scarifications temporales, sa barbe large et droite, son pagne travaillé d’une broderie renforçant ses côtés féminins – coupe sur la tête, présence de seins triangulaires marqués… Pour cette pièce publiée et exposée à plusieurs reprises, comptez 150 000 à 250 000 €. Il faudra s’engager à hauteur de 80 000/120 000 € pour une coupe à vin de palme du peuple wongo (République démocratique du Congo) en bois à patine noire. Elle illustre le talent des sculpteurs kuba dans la confection des objets destinés à la cour : tissus, pipes, sièges, coupes, ces dernières se singularisant par leur caractère grotesque, avertissement allégorique de ce que réserve la consommation immodérée de vin de palme. Notre exemplaire représente un homme entièrement nu et fortement sexué se tenant les mains derrière le dos… La conclusion revient à onze poupées kachina des Indiens hopis d’Arizona provenant d’une seule et même collection. Objets de transmission, outils de mémoire – à l’issue des cérémonies, les danseurs masqués offraient à un enfant du village une poupée sculptée à leur image – et œuvres d’art, ces représentations des esprits sont un précieux témoignage des croyances et des traditions des peuples amérindiens. Leurs estimations ? 1 000 à 8 000 €.
 

C’est entre 130 000 et 150 000 € qu’il faudra engager pour s’offrir cette représentation en bronze d’un oba – dirigeant du royaume du Béni
C’est entre 130 000 et 150 000 € qu’il faudra engager pour s’offrir cette représentation en bronze d’un oba – dirigeant du royaume du Bénin – probablement du XIXe. La couronne royale ede, le bandeau frontal udahae, le haut collier odigba de 28 perles de corail mais aussi les différents motifs, de plume et d’épée cérémonielle notamment, qui l’entourent, démontrent l’importance du personnage. Cette sculpture a fait partie de la collection du magnat de la presse William Randolph Hearst (1863-1951) et a été présentée par la galerie Philippe Ratton sur son stand à la Biennale des antiquaires en 2004.
Cette figure de reliquaire mbutu-viti collectée par un médecin français dans le Haut-Ogoué (Gabon oriental), 67 x 43,3 x 13 cm, au début d
Cette figure de reliquaire mbutu-viti collectée par un médecin français dans le Haut-Ogoué (Gabon oriental), 67 43,3 13 cm, au début des années 1960, est l’une des rares dont on connaît le nom du sculpteur. Ce dernier, Semangoy, originaire de Zokolunga – un village près de Moanda – était à la fin du XIXe siècle le fournisseur du chef Poupi, un notable des Kota-Obamba. Il livre ici l’un des rarissimes spécimens de visages janus, masculin du côté du front bombé, féminin et orné de lamelles du côté concave. Une façon de rappeler l’équilibre nécessaire entre les deux sexes, chez les vivants comme dans l’au-delà, l’homme chassant et faisant la guerre, et la femme élevant les enfants et préparant la nourriture. Elle est estimée 120 000/150 000 €.

Si les incrustations qui ornaient les yeux ont disparu, le travail de scarification du visage est particulièrement dense et réussi. 60 000
Si les incrustations qui ornaient les yeux ont disparu, le travail de scarification du visage est particulièrement dense et réussi. 60 000/70 000 € sont demandés de cette flûte maori, putorino (Nouvelle-Zélande/Polynésie, h. 40,3 cm), probablement des années 1750-1800, formée de deux parties en bois reliées par leurs attaches d’origine en fibre de lin. Lorsque l’on soufflait par l’une de celles-ci, les doigts bouchaient la partie centrale représentant l’esprit, produisant ainsi des notes mâle et femelle. L’instrument pouvait aussi servir à annoncer le retour du chef au village et le début d’une période «taboue».
À 100 000/150 000 €, l’estimation de ce pendentif hei-tiki (Nouvelle-Zélande, probablement XIXe siècle, h. 14,2 cm) est à la hauteur de la
À 100 000/150 000 €, l’estimation de ce pendentif hei-tiki (Nouvelle-Zélande, probablement XIXe siècle, h. 14,2 cm) est à la hauteur de la qualité du travail du sculpteur maori, tant par le choix de la jadéite – épaisse et large –, et de son vert soutenu, que par sa ciselure profonde, où se mêlent courbes, contre-courbes et lignes bien marquées. Signes de pouvoir et d’autorité, ces parures-pendentifs étaient l’apanage des notables, hommes et femmes.
Agenda
VENTE MAINTENUE. Quatre-vingts œuvres jalonnent cette dispersion dédiée aux arts premiers.
vendredi 06 novembre 2020 - 16:00 - Live
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Binoche et Giquello
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