Collection Jean-Pierre et Françoise Arnaud

Le 19 novembre 2020, par Caroline Legrand

Environ quatre-vingts œuvres provenant de la collection de ce couple angevin, qui était très impliqué dans la promotion de l’art contemporain, seront dispersées à Angers. Un ensemble particulièrement marqué par l’abstraction.

Luis Feito (né en 1929), Sans titre, 1962, huile et technique mixte sur toile, annotée au dos « 369 », 114 146 cm.
Estimation : 25 000/30 000 

De lithographies de Zao Wou-ki (1 200/1 500 € chaque) à un dessin à l’encre et au lavis d’Olivier Debré (2 000/3 000 €), en passant par une gouache du père de l’art optique Victor Vasarely Taler - Pre de 1977-1978, (prisée 8 000/10 000 €) – et des peintures signées Natalia Dumitresco – dont Printemps annoncé à 2 500/3 500 € –, cet ensemble célèbre la diversité du mouvement de l’abstraction depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Luis Feito en est l’un des plus intéressants représentants. Si l’artiste espagnol passé par l’École des beaux-arts de Madrid, sa ville natale, a débuté sa carrière avec des œuvres encore figuratives, il s’inscrit dès les années 1950 dans une démarche novatrice. Professeur à l’Académie des beaux-arts de San Fernando à partir de 1954, il expose pour la première fois la même année, à la galerie Bucholz. Sept ans plus tard, il participe à la création de l’Association des artistes espagnols, « El Paso », en compagnie notamment d’Antoni Tàpies, dans la volonté de prôner l’ouverture d’esprit. Celle-là même dont il a fait preuve durant ses deux années passées à Paris, en 1954-1955, où il a découvert le cubisme et l’abstraction. Datée de 1962, cette toile fait donc partie de ses premières créations exclusivement abstraites. Notre couple l’avait acquise lors d’une vente aux enchères de 2008 (Artcurial) et présentée au musée des beaux-arts d’Angers en 2017, lors de l’exposition « Collectionner, le désir inachevé ». Luis Feito s’y exprime avec une peinture à dominante rouge qui s’oppose au fond noir. Ce n’est qu’à partir de 1964-1965 que les autres couleurs s’immisceront dans ses compositions aux épaisses masses déposées sur des fonds unis et en aplats, desquelles naissent des formes géométriques. Pour l’heure dominent le rouge et le noir dans cette œuvre à la violence non contenue, qui jaillit avec force de ces empâtements de matière et de couleur. Un expressionnisme gestuel où l’automatisme s’impose encore en maître, proche de l’abstraction lyrique pratiquée à la même époque à Paris, et qui offre à l’artiste la plus belle des catharsis. 


 

Acquise directement dans l’atelier de Joe Downing (1925-2007), à Ménerbes dans le Luberon, où l’artiste a fini sa vie, cette huile sur toi
Acquise directement dans l’atelier de Joe Downing (1925-2007), à Ménerbes dans le Luberon, où l’artiste a fini sa vie, cette huile sur toile Sans titre de 1996 (97,5 130 cm) est annoncée à 3 000/5 000 €. Une œuvre qui illustre le cosmopolitisme de la scène française picturale de l’après-guerre. Downing a découvert l’Europe au moment du débarquement en France, et revient s’y installer en 1950 après des études à l’Art Institute de Chicago. Défendu par la galerie parisienne fondée par Jean-Robert Arnaud, ce peintre de l’abstraction libre retranscrit dans un fourmillement de formes et de couleurs de plus en plus lumineuses les beautés de la vie et de la nature qui l’entourent dans son atelier au cœur du Vaucluse. Une œuvre pleine de poésie.
En 1953, Paul Jenkins (1923-2012) quitte les États-Unis pour l’Europe. Il se rend en Italie, en Espagne puis en France, où il fait la conn
En 1953, Paul Jenkins (1923-2012) quitte les États-Unis pour l’Europe. Il se rend en Italie, en Espagne puis en France, où il fait la connaissance de Jean Dubuffet, Georges Mathieu et Pierre Soulages, mais aussi d’un autre Américain, Sam Francis. Sa peinture ne se cantonne pas à l’abstraction ; elle se rattache parfois à une tradition plus classique, telle celle, décorative, d’un Henri Matisse. Jenkins aborde le collage dans les années 1980-1990, comme en témoigne cet acrylique et collage sur toile, Phenomena duo-aspects of one (84 103 cm), daté 1992-1994 et situé à Saint-Paul-de-Vence. Nous voici dans le monde du théâtre, avec une photo d’Yves Montand et de Simone Signoret côtoyant le fragment déchiré d’une affiche d’une comédie de Molière (2 000/3 000 €).
Gérard Schneider (1896-1986) est présent dans cette collection au travers de plusieurs œuvres, dont cet acrylique sur toile signé et daté
Gérard Schneider (1896-1986) est présent dans cette collection au travers de plusieurs œuvres, dont cet acrylique sur toile signé et daté 1974, Op. 52K, acquis le 6 décembre 1991 lors d’une vente Guy Loudmer à Drouot. Estimé 13 000/15 000 €, il illustre l’art de ce peintre d’origine suisse, naturalisé français en 1948. Il compte parmi les pionniers de l’abstraction de l’après-guerre, participant dès 1946 à la première exposition d’art non figuratif au sein de la galerie Denise René. Sa peinture basée sur le geste, dont naissent des formes et des signes primordiaux opposant leur dynamique, ne néglige pas pour autant l’espace, toujours très structuré.
Voici un exemplaire d’un ouvrage mythique. L’Album de Grasse, édité en 1950 Aux nourritures terrestres, est composé de dix lithographies p
Voici un exemplaire d’un ouvrage mythique. L’Album de Grasse, édité en 1950 Aux nourritures terrestres, est composé de dix lithographies par Jean Arp (1886-1966), Sonia Delaunay (1885-1979), Sophie Taeuber-Arp (1889-1943) et Alberto Magnelli (1888-1971). Il relève de l’une des quinze publications hors commerce sur papier d’Arches, et pourrait bien être celui de Magnelli lui-même. Parfois réalisées à quatre mains, ces lithographies sont le fruit du travail en commun de ces artistes exilés, durant la Seconde Guerre mondiale, deux années à Grasse. Ils dessinaient ensemble afin de passer le temps, et donnèrent finalement naissance à un chef-d’œuvre : « Malgré l’époque sinistre, pour moi ce travail fait partie des choses les plus belles que j’aie vécues », disait Jean Arp. Son estimation ? 4 000/6 000 €.
Agenda
Cette vente proposée le 21 novembre sera marquée par la dispersion de la collection d'art moderne Arnaud. De nombreux représentants de l'art abstrait la composent, à l'image de Luis Feito avec une huile et technique mixte Sans titre, de 1962 (25 000/30 000 €), mais aussi de Gérard Schneider avec plusieurs œuvres dont OP 52K, de 1974 (13 000/15 000 €), et un acrylique sur papier de 1983 (12 000/15 000 €). On passera à la figuration avec Robert Combas, qui la manie librement et nous offrira ici une Prisonnière du temps, à envisager à 25 000/30 000 €. On goûtera également l'humour du peintre argentin Antonio Seguí, adepte de la figuration narrative, avec un pastel et gouache sur papier titré El Susto de 1975, montrant un homme en costume et chapeau poursuivi par un chien, dont on attend 3 000/4 000 €. Le reste du programme comprendra des meubles et objets d'art du XXe siècle dont une paire de fauteuils en cordage tressé et à structure en bois et rotin, signée Audoux-Minet (10 000/12 000 €), ou encore un miroir sorcière de Line Vautrin, Soleil à pointes n° 3, en talosel orange et jaune et issu d'un modèle conçu vers 1955 (8 000/10 000 €). 
samedi 21 novembre 2020 - 14:30 - Live
Angers - 1, rue du Maine - 49100
Chauviré & Courant - Enchères Pays de Loire
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