Un Vlaminck cézannien

Le 28 octobre 2020, par Caroline Legrand

Une rare toile de l’époque cézannienne de Maurice de Vlaminck sera présentée à Bordeaux, décrivant un paysage des bords de Seine tant appréciés du peintre.

Maurice de Vlaminck (1876-1958), La Vallée de la Seine, vers 1912, huile sur toile signée, 87 115 cm.
Estimation : 70 000/100 000 

Trois périodes de création se distinguent dans l’œuvre de Maurice de Vlaminck : la première est consacrée au fauvisme de 1901 à 1907, suivie de celle dite « cézannienne » jusqu’en 1915, la dernière, plus réaliste et sombre, l’occupant jusqu’à sa mort. Autodidacte, le peintre a connu une carrière atypique marquée par une volonté d’expressivité, qui passe par l’exaltation de la couleur. Ses amis du groupe fauve, Derain et Matisse notamment, l’appelaient « l’instinctif ». Comme beaucoup d’artistes des premières années du XXe siècle, il se laissa guider par les avant-gardes picturales, axées essentiellement sur le traitement de la couleur. Violoniste de profession – son père enseignait le même instrument –, Vlaminck rencontre André Derain à l’occasion d’une permission militaire, en 1900. Les deux hommes décident de partager un atelier sur l’île de Chatou. Ambroise Vollard lui achète en 1906 une grande partie de ses œuvres, lui permettant de se consacrer entièrement à la peinture. Mais le mouvement fauve s’étiole et montre ses limites. «Le jeu de la couleur pure, l’orchestration outrancière dans laquelle je m’étais jeté à corps perdu, ne me contentait plus. Je souffrais de ne pouvoir frapper plus fort, d’être arrivé au maximum d’intensité, limité que je demeurais par le bleu et le rouge du marchand de couleur.» Vlaminck cherche une alternative. Il la trouve dans la peinture de Cézanne, lui permettant d’atteindre une synthétisation des formes et une composition plus équilibrée, basée sur des volumes géométriques sans pour autant tomber dans l’abstraction cubiste. Si les changements stylistiques ne se sont pas arrêtés là, le paysage devait demeurer son thème de prédilection, et en particulier celui de la Seine et de la région parisienne ; arrivé là avec sa famille surtout par manque d’argent, il y passa finalement toute sa vie. Il vécut ainsi à Chatou dès 1893, puis à Rueil-Malmaison en 1905, et à partir de 1925 à Rueil-la-Gadelière, où il est inhumé.

Agenda
Datée autour de 1912, une importante huile sur toile signée Maurice de Vlaminck, au style influencé par l'art de Cézanne, sera la vedette de la vente du 31 octobre. Il faudra envisager pas moins de 70 000/100 000 € pour son acquisition, tandis que 20 000/30 000 € devraient être déboursés pour une toile du XVIIIe de Charles Antoine Coypel, La Mise au tombeau : une esquisse préparatoire au maître-autel de l'église du collège Saint-Nicolas du Louvre, qui était située entre l'actuelle place du Carrousel et le haut du jardin des Tuileries et fut détruite avant la Révolution. Signé Isidore Bonheur, Le Grand Jockey en bronze pourrait partir à 15 000/20 000 € et, de Georges Jouve, un miroir à suspendre de forme libre en céramique émaillée noir, refléter 8 000/12 000 €. Un programme complet en perspective, marqué encore par une paire de grands vases chinois d'époque Guangxu (1875-1908) de forme tianqiuping en porcelaine polychrome, à décor de dragons évoluant au milieu de perles enflammées et nuages (6 000/8 000 €). 
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