L’art de la découpe selon BVRB

Le 19 novembre 2020, par Caroline Legrand

Élégance et légèreté sont les maîtres mots du style Louis XV, mais aussi de l’un des plus grands ébénistes de cette époque, Bernard Van Riesen Burgh.

Époque Louis XV, vers 1755-1760. Table à écrire en bois de rose et d’amarante, chutes de bronze doré, estampillée « BVRB » pour Bernard Van Riesen Burgh (1700-1766) et « JME » pour la jurande, 70 63 41 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

Sous le règne de Louis XV, les petites tables se multiplient. Ces meubles volants trouvent sans mal leur place dans les petits salons, servant tantôt à écrire – comme ce modèle ouvrant à une tablette coulissante en façade et à un tiroir sur le côté –, tantôt à jouer, à faire sa toilette, à lire ou à ranger toutes sortes de choses, même son en-cas pour la nuit. Bernard II Van Riesen Burgh s'en était fait une spécialité ; une table du même modèle portant son estampille est conservée au musée Cognacq-Jay de Paris. Le mystère des initiales « BVRB » a été levé par Jean-Pierre Baroli en 1957 : il s’agit bien de Bernard Van Riesen Burgh, le deuxième du nom puisqu’il appartient à une célèbre dynastie d’ébénistes, d’origine hollandaise, installés à Paris à la fin du XVIIe siècle. Il en est le plus célèbre, ayant marqué de son empreinte le style Louis XV et rocaille avec de célèbres réalisations, telle la toute première commode en laque livrée à la reine Marie Leszczynska en 1737 (musée du Louvre). Reçu maître vers 1730, il travaillait dans le faubourg Saint-Antoine, notamment pour les marchands merciers parisiens Hébert, Poirier ou Lazare Duvaux, qui le nommaient simplement « Bernard, habile artiste ». Ses initiales BVRB avaient ainsi sans doute pour but de s’effacer en quelque sorte devant ces intermédiaires indispensables pour traiter avec une clientèle de prestige, royale ou aristocratique. La qualité de cette petite table, elle, ne trompe pas : elle est l’œuvre d’un maître en la matière. L’ébéniste excellait plus que quiconque dans l’art du placage et de la marqueterie. Pour preuve, la maîtrise parfaite dans cette table du frisage, technique de placage associant différentes feuilles de bois, parfois une véritable prouesse. Ainsi les feuilles de placage de la ceinture sont-elles découpées en bois de fil (dans la longueur du tronçon du bois, offrant des veines parallèles), ici dans du bois de rose encadré d’un filet d’amarante plus foncé, tandis que sur le plateau s’impose un frisage en bois de bout (le bois est alors découpé en rondelle, laissant visible les veines concentriques), plaqué en ailes de papillon à double encadrement. Tout un art.

Agenda
Meubles et objets d'art seront rois, avec notamment des créations anciennes telles qu'une belle table à écrire Louis XV, estampillée BVRB, en placage de bois de rose et d'amarante en frisage en ailes de papillon, notamment sur le plateau (voir Gazette n° 41 page 153). S'il faudra envisager 15 000/20 000 € pour celle-ci, 4 000/6 000 € seront demandés d'une commode d'époque Louis XVI, estampillée Joseph Feuerstein, à deux tiroirs sans traverse, plaquée de chevrons dans des encadrements d'amarante et affichant une exceptionnelle garniture de bronzes dorés en façade à motif d'urne drapée notamment. Un meuble d'appui sur plinthe Empire signé « Jacob D. Rue Meslée », en placage d'acajou et bronzes dorés tels que masque de faune et têtes de Bacchus, est encore annoncé à 3 000/5 000 €. Relevons enfin la présence d'une vasque de lanterne XIXe en cristal dépoli, à décor feuillagé ondulant d'oiseaux et de larges feuilles appliqué en léger relief (3 000/5 000 €), et d'une paire de flambeaux réalisés à Paris en 1797-1809 par Pierre-Jacques Meurice en vermeil, ornés de figures de muses surmontées de quatre bustes féminins à la grecque (3 500/4 000 €). 
samedi 28 novembre 2020 - 02:30 - Live
Lyon - Hôtel des ventes, 70, rue Vendôme - 69006
De Baecque et Associés
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