XVe siècle : adoration et prémonition

Le 19 novembre 2020, par Caroline Legrand

Découvert lors d’un inventaire dans une propriété des environs de Troyes, cette Vierge adorant l’Enfant du XVe siècle va passer pour la première fois sur le marché.

Lazzaro Bastiani (actif de 1449 à 1512), La Vierge adorant l’Enfant, huile sur panneau de bois rectangulaire, 48 31 cm.
Estimation : 50 000/70 000 

Présenté dans un superbe cadre en bois doré d’époque baroque, ce panneau de dévotion privée aborde le sujet, très apprécié dans la cité des Doges au milieu du XVe siècle, de la Vierge adorant l’Enfant. On retrouve en effet des œuvres au thème similaire sorties des ateliers de Vivarini, à Murano, ou des Bellini à Venise même. Une première version sur celui-ci, conservée au Museo Civico de Padoue, a été peinte vers 1465. À cette époque, le jeune Vénitien est encore influencé dans son art par Bartolomeo Vivarini et Carlo Crivelli. Il fait preuve d’une grande maîtrise et d'un sens du détail de miniaturiste. Dans les années 1480, il découvre les innovations de Gentile Bellini, avec lequel il travaille, pour la Scuola Grande di San Marco, sur la perspective. Une évolution sensible dans ce panneau, qui pourrait dater de cette décennie. Selon les experts, on y perçoit ainsi l’abandon de la « ligne incisive mantegnesque de ses débuts hérités de Bartolomeo Vivarini », et le passage vers une composition de plus grande ampleur, avec notamment le paysage vallonné, en arrière-plan, et ses chemins serpentant jusqu’à l’horizon. Toutefois, l’œuvre se concentre sur les deux personnages. Le visage ovale et empli de douceur de Marie est à rapprocher de plusieurs figures similaires peintes par Bastiani, dont la Sainte Lucie avec un donateur datée vers 1480-1490 et conservée au musée de Portland. Un sentiment de tristesse émane de son regard : peut-être perçoit-elle le tragique destin réservé à son fils ? Ce dernier, contrairement à l’iconographie traditionnelle de ce thème, est ici présenté éveillé et non endormi, préfigurant la Pietà et la conscience de son sacrifice futur. Une particularité certainement liée à une demande de son commanditaire, qui permet pourtant à Lazzaro Bastiani de démontrer tout son talent dans ce style narratif qu’il développera encore après 1490, sous l’influence de Carpaccio.

Agenda
Cette vente troyenne versera dans les arts anciens et en particulier dans la peinture. On admirera ainsi aux cimaises un Bouquet de fleurs sur un entablement attribué à François Habert, un artiste actif en France en 1643 (6 000/8 000 €), mais surtout une Vierge adorant l'Enfant de Lazzaro Bastiani, actif à Venise de 1449 à 1512 : un panneau de dévotion à l'interprétation originale du thème et à la technique parfaitement maîtrisée, que ce soit pour la perspective ou le traitement de cette mère regardant avec douceur son enfant et pressentant son destin tragique (50 000/70 000 €). Des autres sections, nous mettrons en avant une pendule du début du XIXe siècle en bronze doré et patiné, sur le thème romantique de Paul et Virginie (6 000/8 000 €), et un bonheur-du-jour Louis XV à gradin estampillé par Jacques-Laurent Cosson, en bois de placage marqueté de semis de fleurs et quartefeuille en réserve, dans des filets mouvementés (5 500/6 000 €).  
vendredi 27 novembre 2020 - 09:00,14:00 - Live
Troyes - 1, rue de la Paix - 10000
Ivoire Troyes - Boisseau-Pomez
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