Attribuée à Lieutaud : une enquête à tiroirs

Le 29 octobre 2020, par Sophie Reyssat

Attribuée à Lieutaud, cette commode fait revivre la créativité d’un siècle conservant ses mystères.

Attribuée à François Lieutaud, époque Louis XV, vers 1720, commode à pont en palissandre et amourette en forme de sarcophage, cintrée dans la partie inférieure, ouvrant à cinq tiroirs, plateau à décor de treillages dans des réserves polylobées, bronzes dorés à bustes de femme et masque d’Alexandre le Grand, marque en creux «P.M.» , 85 131 68 cm.
Estimation : 50 000/70 000 

Le coffre et l’armoire ont constitué les principaux meubles de rangement jusqu’à ce que la commode soit inventée, à la fin du règne de Louis XIV. Elle prend son essor au XVIIIe siècle et passe rapidement de la chambre à coucher au salon et au cabinet de travail, acquérant par la même occasion le statut de meuble d’apparat. À ce titre, son esthétique est particulièrement soignée, tant au niveau de la forme que de l’ornementation de bronze doré. En témoigne ce modèle, dont l’originalité, due à la combinaison d’une forme sarcophage très resserrée en partie basse, et d’un renfoncement central esquissant un pont, plaide en faveur d’une exécution précoce, vers 1720. L’habitude d’apposer des estampilles n’est pas encore prise et, lorsqu’elles existent, elles sont souvent abréviatives. De quoi compliquer le travail de l’historien d’art, d’autant que plusieurs artisans peuvent travailler sur un même meuble. Néanmoins, des rapprochements sont possibles. Si la marque «P. M.»  peut être envisagée comme celle du fabricant du bâti, il est probable que François Lieutaud a participé à la conception de ce meuble : ses chutes de bronze sont similaires à celles utilisées pour une paire de commodes et un bureau portant son estampille, «FL». Les pratiques des artisans se révéleront également à travers une modeste, mais rare, inscription à l’encre sur un écran de cheminée d’époque Louis XV : «Cadir bleu», une indication de tapissier faisant référence au nom ottoman d’une grosse toile (500/700 €). La société du XVIIIe siècle se dévoile ainsi au travers des objets de cette dispersion, comme sur un paravent flamand, où un épisode biblique est prétexte à représenter des personnages vêtus comme des seigneurs, et des scènes de la vie quotidienne sur fond de paysage lacustre et de châteaux (voir détail ci-dessous).
 

École flamande du milieu du XVIIIe siècle, paravent de centre de pièce, à quatre panneaux peints sur toile, décor toutes faces d’un épisod
École flamande du milieu du XVIIIe siècle, paravent de centre de pièce, à quatre panneaux peints sur toile, décor toutes faces d’un épisode tiré de de l’Ancien Testament, Moise sauvé des eaux, 205 62 cm (le panneau), l. totale dépliée 248 cm.
Estimation : 20 000/30 000 
Agenda

Près de 200 numéros passent au crible l’art de l’Ancien Régime. Fabriquée vers 1720 et attribuée à François Lieutaud, une commode à pont en forme de sarcophage se pare de bronzes d’une grande richesse, arborant notamment le masque d’Alexandre le Grand (50 000/70 000 €). Elle s’affiche aux côtés d’un secrétaire à abattant toujours d’époque Louis XV, mais réalisé vers 1770 avec une marqueterie florale (autour de 25 000 €). Mesurant 471 cm de long, une tapisserie, tissée à Aubusson au début du XVIIIe siècle, déroulera le récit du retour glorieux d’Alexandre le Grand à Babylone (autour de 10 000 €), tandis qu’une paire de toiles attribuées à Madeleine Boullogne évoquera la guerre, l’une par des trophées d’arme, l’autre par des instruments militaires (10 000/15 000 €). La délicatesse s’invitera avec Sèvres, et une paire de vases royaux fleuris, dits Clodion, d’époque Charles X (10 000/15 000 €).

dimanche 01 novembre 2020 - 14:00 - Live
Versailles - Hôtel des ventes du Château, 13, avenue de Saint-Cloud - 78000
Osenat
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