Arts et design, pleins feux sur le XXe siècle

Le 26 novembre 2020, par Caroline Legrand

Cette vente aborde « Les Modernités » avec notamment Marc Chagall, « L’Âge d’or des décorateurs » avec Ruhlmann, mais aussi celui de l’après-guerre avec Charlotte Perriand, entre autres. 

Jacques-Émile Ruhlmann (1879-1933), argentier à ressaut, vers 1934, en placage de palissandre des Indes, ornementation de bronzes dorés pour les poignées et entrées de serrure, plateau en marbre Portor, 101 280 74 cm.
Estimation : 40 000/60 000 

Le « Riesener de l’art déco » fait encore l’événement ! Qui saurait résister à l’élégance sobre et au luxe de cet argentier ? Pas Félix Marcilhac en tout cas : l’expert a en effet compté dans sa collection personnelle ce meuble réalisé vers 1934 par Jacques-Émile Ruhlmann. Il en a d’ailleurs fourni le certificat d’authenticité, qui sera remis au futur acquéreur : « Œuvre authentique […] réalisée en palissandre, variante du modèle spécialement créé et conçu en bois de violette par l’artiste pour Van Beuningen en 1931, portant le numéro 2136 du référencier de Ruhlmann ». Une création parfaitement connue et référencée, qui fut acquise par la suite par Pierre et Jocelyne Noury, un couple de promoteurs immobiliers et collectionneurs rennais. C’est une partie des meubles et objets d’art d’époque art déco de leur collection qui sera dispersée lors de cette vente. Dans les années 1980, ils ont commencé à bâtir leur ensemble avec un secrétaire de Jules Leleu en placage de palissandre des Indes, daté vers 1940 (2 000/3 000 €), poursuivant avec une armoire basse du même ébéniste en placage d’érable (même estimation) puis une table de vendeuse « Orsay », réalisée vers 1923 par Louis Süe et André Mare en ébène de Macassar (5 000/8 000 €). Durant des décennies, ils ont arpenté les routes de France à la recherche de nouveaux trésors art déco. C’est lors d’un déplacement professionnel à Paris que Pierre Noury a découvert dans une vitrine de la rue Bonaparte cette immense enfilade. Il sera rapidement de retour avec son épouse dans la capitale, afin d’acheter dans la galerie de Félix Marcilhac cet argentier de Ruhlmann. Voici un exemple des plus parlants de la manière entre tradition et modernité chère au grand décorateur, passionné par le mobilier d’époque Louis XVI ou Directoire après avoir assisté à la vente de la collection Doucet, en 1912. Les nouveautés de son siècle l’inspiraient aussi, comme en témoigne le piétement en plinthe s’achevant en deux volutes sphériques, qui font songer aux cercles des Rythmes de Robert Delaunay. La forme en enfilade et la hauteur d’appui typique évoquent encore l’époque Louis XVI, de même que le sublime placage en précieux palissandre des Indes, tandis que les serrures au profil moderne sont semblables à celles réalisées pour d’autres créations en collaboration avec Jan et Joël Martel. Une association des styles toujours parfaitement équilibrée.
 

Tout l’univers onirique de Paul Sérusier (1864-1927)est résumé dans Les Licornes, toile signée et datée 1913 (60 x 81 cm), ici annoncée à
Tout l’univers onirique de Paul Sérusier (1864-1927) est résumé dans Les Licornes, toile signée et datée 1913 (60 81 cm), ici annoncée à 60 000/80 000 €. Un personnage à la fois mage et berger est entouré de trois licornes dans un paysage aux couleurs pures et vives prisées des nabis. Un dessin préparatoire accompagnera par ailleurs cette œuvre. Sérusier s’est installée définitivement en 1906 à Châteauneuf-du-Faou, dans cette Bretagne profonde qui l’inspire tant, celle des contes et légendes inspirés du Moyen Âge. On sait aussi que le peintre admirait articulièrement, au musée de Cluny, la célèbre Dame à la licorne du XVIe siècle…
Estimé 65 000/85 000 €, ce Lion en marche (38 x 76,5 x 18,5 cm) a été réalisé vers 1920-1925 par Gaston Étienne Le Bourgeois (1880-1956).
Estimé 65 000/85 000 €, ce Lion en marche (38 76,5 18,5 cm) a été réalisé vers 1920-1925 par Gaston Étienne Le Bourgeois (1880-1956). Le sculpteur animalier d’époque art déco aimait travailler le bois en taille directe, comme pour ce félidé. Il collabora avec des décorateurs tel Ruhlmann, mais aussi avec plusieurs industriels du textile, comme Jacques Doucet et François Ducharne. C’est pour la salle à manger de ce dernier qu’il a livré vers 1923 un lion en bronze, dont notre œuvre pourrait être une première version. Provenant d’une collection particulière suisse, elle a pu traverser les Alpes avec le sculpteur, qui travaillait à Loèche-les-Bains et à Sion, ou par le biais de sa fille Suzanne, partie vivre dans le Valais.
Pas moins de 280 000/320 000 € seront à envisager pour décrocher cette huile et encre de Chine sur toile peinte par Marc Chagall (1887-198
Pas moins de 280 000/320 000 € seront à envisager pour décrocher cette huile et encre de Chine sur toile peinte par Marc Chagall (1887-1985), en 1952, au dos d’un Portrait de femme et intitulée Libération. Le maître de Vitebsk a abordé pour la première fois ce thème en 1937, dans un triptyque commémorant les 20 ans de la Révolution russe. Il retravailla individuellement les trois parties de cette œuvre Résistance, Résurrection et Libération – à partir de 1943, alors qu’il était en exil aux États-Unis et s’inquiétait du sort du peuple juif dans les camps nazis. Cette œuvre joyeuse, aux figures typiques du violoniste et du couple de mariés, a été réalisée à grands coups de brosse, à la manière des jeunes peintres américains de l’époque.
Spécialiste de Charlotte Perriand (1903-1999), Jacques Barsac a confirmé « ce modèle de bureau […] très beau […] et rare ». En madrier de
Spécialiste de Charlotte Perriand (1903-1999), Jacques Barsac a confirmé « ce modèle de bureau […] très beau […] et rare ». En madrier de pin massif, agrémenté d’un tiroir et d’une tirette, ce petit meuble de forme libre (72 175 86 cm) pourrait atteindre 80 000/120 000 €. Fondatrice de l’Action catholique des milieux indépendants et première femme nommée auditrice au concile de Vatican II, Marie-Louise Monnet (1902-1988) a démontré sa liberté de goût et d’esprit en choisissant, pour meubler son appartement du 16e arrondissement de Paris, ce bureau d’une créatrice de sa génération aussi moderne que l'était Perriand. Elle l’a ensuite offert en cadeau de mariage à ses jeunes amis Philippe et Anne Carvallo, en 1969, qui l’ont conservé dans leur propriété en Touraine jusqu’à aujourd’hui.
Agenda
Présenté habituellement au Centre de création contemporaine Olivier-Debré de Tours, le rendez-vous est transposé pour l'occasion hors les murs (voir Gazette n° 42, page 148). Sera néanmoins proposée comme à chaque édition une œuvre au profit du Centre afin de promouvoir l'art actuel. Il s'agira cette fois du Dernier carnaval de James, réalisé en 2019 par Fabien Verschaere, dont la mise à prix sera de 10 000 €. Parmi les œuvres phares figureront par ailleurs Libération de Marc Chagall, de 1952 (280 000/320 000 €), ou encore une Nature morte aux Izvestia peinte en 1918 par la Franco-Polonaise Mela Muter (20 000/30 000 €). Une lampe Grand Échassier réalisée vers 1990 par François-Xavier Lalanne en cuivre à patine rouge, bronze doré et verre sablé, prendra par ailleurs son envol à à 70 000/90 000 € (voir Gazette n° 41 page 28). Côté design, un bureau de forme libre de Charlotte Perriand, provenant de la collection Marie-Louise Monnet à Paris (80 000/120 000 €), côtoiera enfin un argentier à ressaut d'Émile-Jacques Ruhlmann, provenant de celles de Félix Marcilhac puis de Pierre et Jocelyne Noury (40 000/60 000 €). 
samedi 05 décembre 2020 - 02:30 - Live
Vendôme - Hôtel des Ventes 2, rue Albert Einstein - 41100
Rouillac
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