Constantin Brancusi, sculpteur d’images

Le 19 novembre 2020, par Claire Papon

Pas moins de onze photographies de Constantin Brancusi composent le lever de rideau de cette dispersion. Un ensemble d’une seule provenance qui rappelle l’importance et le rôle qu’il donnait à ce médium.

Constantin Brancusi (1876-1957), Autoportrait dans son atelier avec son chien Polaire, vers 1921-1925, épreuve argentique d’époque signée et dédicacée à Ethel Moorhead, 23,8 18 cm.
Estimation : 8 000/12 000 

Beaucoup de clichés de Constantin Brancusi existent, peu toutefois apparaissent sur le marché. Si celui-ci s’est un peu développé au cours de ces cinq dernières années comme l’explique Antoine Romand, l’expert de la vente, c’est à Beaubourg qu’il faut se rendre pour y voir l’atelier du sculpteur reconstitué et le fonds le plus important de ses photographies ainsi que des films qu’il réalisa. Nos épreuves, d’époque et annotées à la main, ont été réalisées entre 1908 et 1925. Neuf d’entre elles représentent des œuvres, en bois ou en pierre – dont La Sorcière, Mlle PoganyLa Muse endormie et La Sagesse –, les deux autres sont des autoportraits de Brancusi lui-même, le cheveu un peu fou, son chien Polaire à ses côtés. Les estimations (2 000 à 12 000 €) devraient être dépassées, le marché très pointu attirant une clientèle internationale. Ces photos sont le fruit et le témoin de la collaboration de l’artiste roumain avec Ethel Moorhead, peintre britannique qui édite à Paris, en mai 1925, le premier numéro de la revue This Quarter, consacrée à la scène artistique et littéraire. Plusieurs sculptures du maître y sont reproduites. Nos épreuves ont servi à l’élaboration de la publication comme le montrent certaines annotations ou indications de recadrage laissées par le sculpteur. Ce dernier voit dans la photo le moyen de diffuser son œuvre, de montrer son univers dans de savantes mises en scène, de mettre sur un pied d’égalité ombre et lumière, image et matière, de transformer ses sculptures… D’abord pensées comme un outil de catalogue, ses photographies deviendront des œuvres d’art à part entière, Brancusi ne confiant à personne d’autre que lui, pas même à son ami Edward Steichen, le soin de les capturer. Dans les années 1920, il passera de l’utile à la passion grâce à Man Ray, qui lui enseignera l’ensemble du processus, de la prise de vue à l’impression. «Pourquoi écrire sur mes sculptures ? Pourquoi ne pas tout simplement montrer leurs photos ?», questionnait celui qui a légué 1800 prises de vue à la postérité.

Agathon Léonard pour Sèvres

Le 19 novembre 2020, par Claire Papon

Bel ensemble que ces douze statuettes d’Agathon Léonard. Exécutées en biscuit par la manufacture de Sèvres et destinées à un surtout de table, elles proviennent de la collection Nadine Ortiz-Patiño.

Agathon Léonard (1841-1923), Statuette en biscuit de Sèvres (1re grandeur), dite Danseuse au cothurne, marques en creux sous la base n° 5 et dans un cartouche S/1906 et les initiales HR, h. 47,5 cm.
Estimation : 3 000/5 000 

Le 6 juin 2018 chez la même maison de ventes, les porcelaines de Vincennes et de Sèvres de cette provenance étaient toutes ou presque disputées au-delà de leurs estimations. Étudiante à Paris, Nadine Ortiz-Patiño tombe en arrêt devant une vitrine d’antiquaire où sont exposés deux groupes en biscuit de Sèvres. Une découverte et une révélation qui la conduiront à parcourir le monde pendant des années. Il en va ainsi pour nos douze statuettes (et onze modèles) – vendues avec faculté de réunion – de première grandeur, inspirées des chorégraphies de la danseuse américaine Loïe Fuller, dont la première fut acquise il y a trente ans, la dernière beaucoup plus récemment. Elles constituent, à quatre exceptions près, l’intégralité d’un ensemble trouvant son origine dans un projet en terre cuite de foyer de danse – jamais réalisé – exposé au Salon de la Société nationale des beaux-arts en 1897 par Agathon Léonard. Repérés par Alexandre Sandier, directeur artistique de la manufacture de porcelaine, certains modèles sont réalisés en haut relief de marbre sur la demande de Sèvres l’année suivante, avant d’être mis en production en biscuit. Présenté à l’Exposition universelle de 1900, ce surtout vaut à son auteur la médaille d’or et est offert comme cadeau diplomatique au tsar Nicolas II et à son épouse. Transférée à l’Ermitage en 1902, cette série devient la première œuvre art nouveau à entrer dans les collections du musée. Elle sera proposée jusqu’au début des années 1940 par la manufacture.

Agenda
Après un lever de rideau assuré par un ensemble de photos de Constantin Brancusi, on poursuit avec des estampes et des tableaux XIXe et XXe dont une vue de La Cathédrale de Rouen par Pierre Dumont (4 000/5 000 €), une toile au monogramme de Louis Valtat, Mère et enfant sur la plage (25 000/35 000 €), une quinzaine de vues de Bretagne (lithos et aquarelles) d'Henri Rivière (est. 400 à 1 200 €), le portrait de Monette Vincent, 1942 au fusain et à l'estompe signé Henri Matisse (30 000/50 000 €) ou encore un pastel et fusain de Hans Hartung, non titré, daté 1951, conservé dans une collection particulière depuis 1975 (50 000/70 000 €). Sans oublier des œuvres de Fikret Moualla, de Fahr-el-Nissa Zeid (1901-1991) provenant d'une collection parisienne (100 à 4 000 €), d'Édouard Pignon et d'Eugène Boudin (Trouville, les jetées à marée basse, 1894, 20 000/30 000 €). Enfin, deux noms sont à retenir parmi les arts décoratifs : celui d'Agathon Léonard avec des statuettes en biscuit de Sèvres sur le thème du Jeu de l'écharpe et ceux des frères Jan et Joël Martel dont un ensemble de 51 dessins et sculptures sont proposés (100 à 3 000 €, exception faite d'un plâtre patiné, Pelléas vers 1931, 12 000/15 000 €).
mercredi 25 novembre 2020 - 13:30 - Live
5, rue de Montholon - 5, rue de Montholon - 75009
Thierry de Maigret
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